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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 10:02

François-Paul Alibert dans son Charles Bordes à Maguelonne dit qu’il y avait au Mas Sant Genès des "photographies de tableaux représentant des anges chanteurs" . Il y avait probablement ceux de Van Eyck, du Rétable de Gand :

Un livre (édité par Armand Colin), que Charles Bordes connaissait, montre sur sa couverture les anges chanteurs de Lucca della Robbia sur la cantoria dans la cathédrale de Florence de Santa Maria del Fiore.

C’est dans ce livre que Marc Legrand a publié sa chanson Noël. J’en ai parlé dans ce blog il y a quelques années. Mon billet qui portait le titre de 
la chanson/mélodie, et analysait surtout le poème de Marc Legrand, en  particulier les idées exprimées autour de la charité.

Voici le texte avec la musique de Charles Bordes :

Aujourd’hui, je voudrais ajouter le commentaire musical de Rémi Cassaigne. Vous le trouverez utile.

Il s’agit d’un chant de noël pour voix égales (enfantines) à capella. La mélodie est à l’unisson, sauf pour le refrain (Noël!/Sonnez, cloches/ Dans le ciel!), où le choeur se divise pour des effets de réponses rythmiques et de battements à l’imitation des cloches.
La mélodie du couplet est accompagnée d’annotations soigneuses(pédagogiques?) précisant en abondance accents, liaisons, respirations, ralentis et silences. La prosodie est très majoritairement syllabique (pas de mélismes), avec souvent des croches répétées (c’est le débit "à la française", qu’on observe chez Fauré, Debussy, etc) : cela va dans le sens d’une intelligibilité du texte privilégiée par rapport au pur plaisir de la mélodie. La ligne est cependant joliment dessinée : une attaque qui trace tout l'ambitus (mi-mi) puis un travail plus resserré autour de la corde dominante (si), note sur laquelle s’achève le couplet, en demi-cadence ouverte. 

Une curiosité du traitement musical du poème est le tuilage du refrain (Noël, etc.) avec le dernier vers de chaque couplet (Le froid fait craquer…/ Combien sont sans soulier…/ Combien sont sans jouets…/ Enfants ouvrez les mains…) . C’est aussi l’endroit où la ligne mélodique s’infléchit brusquement vers le mineur (couleur donnée par le ré bécarre - accompagné d’un soufflet d’intensité, très "harmonium 1900" dans l’esthétique - qui corne en fausse relation contre le ré dièze de la mesure d’avant : expressivité et économie de moyens). Ce traitement colle au sens dans tous les couplets, ce qui mérite d’être souligné - souvent, les chansons strophiques marchent bien pour la première strophe, sur laquelle elles sont composées, puis c’est au petit bonheur. Ici ce n’est pas le cas, ce qui suggère peut-être une collaboration entre compositeur et poète. En tout cas, le passage dramatique/émouvant arrive chaque fois au même endroit de la strophe.

Nous avons commencé ce billet avec une évocation du Mas Sant Genès, la maison de Charles Bordes à Montpellier. Pour terminer, voici quelques carreaux de la céramique de Raoul Bussy (1905) qui indiquent la Schola que le compositeur avait créée.

Les chanteurs sont comme ces  "petits moineaux" que Charles Bordes avait emmenés à Solesmes en juin 1899. La chanson/mélodie Noël ! était aussi pour eux.

 
 

 

BC

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