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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:07

portrait, TSG, 1909, numéro spécial

Voici le 150ème anniversaire de Charles Bordes, né le 12 mai 1863.

Cela fut annoncé à Vouvray par un article dans le bulletin L'écho vouvrillon, paru fin décembre (n° 31, p. 20 et 21). Nous en avons parlé ici.

 

Il est question ici et là de ce "sesquicentenaire", et en particulier sur la page des "Commémorations nationales" sur le  site des Archives de France. On peut y lire l'article de Gilles Cantagrel. L'auteur, très sensible à la musique baroque, n'a pas manqué de signaler cet aspect trop peu souligné de Charles Bordes. Tant pour la musique sacrée que pour la musique profane, il a fait jouer des compositeurs ainsi classés. On y a vu un intérêt pour la musique française. Du nationalisme, quoi. C'est curieux. Ce ne fut jamais l'optique de Charles Bordes. La musique d'abord. Certes, on trouve Charpentier ou Rameau, mais aussi Monteverdi (il disait Monteverde), Lulli, Bach et Glück.

 

Il faut lire comment il "infligea" Atys à son ami Albéniz, selon ce que nous rapporte plaisamment Paul Dukas (La Revue Musicale, 1er août 1924) : "…à la fin de sa courte vie, quand, déjà bien souffrant, il se proposait de remettre au théâtre, à Monte Carlo ou ailleurs, l'Atys de Lulli, sa passion du moment. Dans les derniers temps il en promenait partout avec lui la partition. Il la portait sous le bras la dernière fois que je le rencontrai à Nice chez Albeniz qu'il tenta, vainement d'ailleurs, de gagner à la cause du "coquin ténébreux". Il fallut que, bon gré mal gré, le bon Albeniz, qui n'en avait pas envie, écouta deux actes d'Atys. Il aimait Bordes et se résigna. Je fus prié de tenir le piano et Bordes chanta d'un bout à l'autre ses deux actes, qu'Albeniz, écroulé sur un divan, écouta sans broncher, dans la plus morne accablement. Séance inoubliable !..." En cliquant ici, vous verrez et écouterez la "danse des zéphirs" d'Atys, et , le duo "Je veux joindre en ces lieux…"

 

Pour ces 150 ans, passons chez Monteverde, non pour une œuvre religieuse, comme les Vespro de la Beata Vergine, forcément connue de Charles Bordes, mais pour le célèbre madrigal "Si dolce è'l tormento" où l'ambivalence de la musique – douleur et joie – s'exprime si bien. En cliquant ici, vous en aurez l'interprétation de Thomas Cooley, donnée en septembre 2009 à San Francisco. Vous trouverez aisément d'autres interprétations du poème de Carlo Milanuzzi.

 Monument--chanteur-douloureux--199.JPG

 

"Sois sage, ô ma douleur…" ; le sonnet de Baudelaire vient ici à l'esprit. C'est la mélodie secrète de Charles Bordes ; elle architecture toutes les autres. Il était l'auteur – vous le savez bien – d'une quarantaine de mélodies. Nous n'en parlerons pas ici. Pour terminer cet hommage, voici  Renouveau, mélodie de Déodat de Séverac écrite pendant l'hiver de 1897 sur le rondeau de Charles d'Orléans (Le temps a laissié son manteau…). Elle est dédiée à Charles Bordes qui était son maître à la Schola. Un enregistrement a été fait des mélodies de Déodat de Séverac chez Hyperion en 1998. Elles sont chantées par François Le Roux. On peut acheter le CD ou le télécharger ou écouter gratuitement 60 secondes de la mélodie Renouveau en cliquant ici.

 

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye,

Et s'est vestu de brouderie,

De souleil luysant, cler et beau.

 

Il n'y a beste, ne oyseau,

Qu'en son jargon ne chante ou crie :

"Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye."

 

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent, en livrée jolie,

Goutes d'argent d'orfaverie,

Chascun s'habille de nouveau.

 

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye.

 

 

 

[Le portrait qui ouvre ce billet est emprunté à la Tribune de Saint Gervais, XVème année, 1909, Numéro spécial. Le chanteur douloureux (photo BC) est un détail de la sculpture de Médéric Bruno sur le monument de Vouvray dédié à Charles Bordes.]

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