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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 18:19

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En suivant les pas de Charles Bordes, de la rue de La Rochefoucauld à la rue Saint Jacques, en passant par Nogent-sur-Marne, la rue Stanislas, sans oublier "cette rosse de caisse", nous voici à l'Exposition Universelle de 1900. Plus tard, dans un mois, dans un an, nous irons vers le sud, la place Saint Ravy, le mas Sant Genes et Maguelonne. Aujourd'hui, Paris encore, où les Chanteurs de Saint Gervais n'ont pas économisé leur énergie pendant les 212 jours de l'Exposition, d'avril à novembre.

Vous en avez vu le panorama, montré en en-tête du papier à musique sur lequel Charles Bordes avait recopié une mélodie écrite quatre ans plus tôt sur le poème de Verlaine La Chanson d'automne : "Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Bercent mon coeur / D'une langueur /Monotone. " L'image ne convient guère au texte.

Exposition-universelle-1900--vue-sur-en-tete.jpg

Voici encore cet en-tête, très flou car l'image est passée par bien des copies, et le rédacteur de ce blog n'a pas pu en obtenir une plus nette. Par la joie qui s'en dégage, on dirait du Guardi, une vue du Grand Canal. Sur une photo (Léon et Lévy), voici ce qu'on voyait depuis le Pont Alexandre III, en regardant à gauche, avec la Tour Eiffel dans le fond :

Exposition-Universelle-1900--vue--photo-Leon-et-Levy.jpg

 

L'Exposition Universelle de 1900 est abondamment documentée ; voyez les photos d'André Bujeaud, dans les Archives de Vendée.

Si on allait plus loin vers l'ouest, depuis le Pont des Invalides, en regardant à droite cette fois, voici ce qu'on voyait :

Exposition-Universelle-1900--Le-Vieux-Paris--b--archives-Be.jpg

C'était le Vieux Paris, ville médiévale reconstituée, Albert Robida étant l'architecte en chef. Certes, il y avait quelque chose d'un décor, comme on voit sur ce dessin de Robida,

Exposition-Universelle-1900--Vieux-Paris--construction-de-l.jpg 

mais nous ne suivrons pas certaines expressions méprisantes qu'on peut lire sur le Vieux Paris, comme "constructions de carton-pâte". Cet assemblage de tours, d'encorbellements, d'ogives, était peut-être hétéroclite, mais il faisait rêver et il a donné de la joie à des milliers de gens. On verra avec intérêt la fabrication de la maquette de l'ensemble reconstitué dans le site qui lui est consacré. On verra, en particulier, les découpages proposés par l'imagerie d'Epinal.

Vous voyez sur la photo le chevet de l'église. Une gravure nous montre la porte d'entrée principale du Vieux Paris

Exposition-Universelle-1900--Le-Vieux-Paris--entree.jpg 

et une autre le portail de Saint Julien des Ménétriers.

Exposition-Universelle-1900--Saint-Julien-des-Menetriers-.jpg

Une photo montre ce même parvis avec des mélomanes attendant un concert.

Exposition-Universelle-1900--Saint-Julien-des-Men-copie-1.jpg

Dans la Tribune de Saint Gervais, de nombreux articles parlent de l'église du Vieux Paris. En novembre et décembre 1900, on lit Les jongleurs dans l'histoire, deux longs articles de Pierre Aubry. L'église du Vieux Paris avait été nommée en l'honneur de ces "ménétriers", musiciens et aussi jongleurs. Nous avons dans ce blog évoqué "le jongleur de Notre Dame", ce moine qui exprimait son amour pour la Sainte Vierge en lançant des balles.

On sait que l'Eglise n'a jamais beaucoup aimé les théâtreux ; il y a dans cette présence à l'Exposition Universelle l'expression d'une revendication que reprend, sans l'exprimer clairement, la Schola Cantorum.

Plus tôt, et tout au long de l'année 1900, une chronique de Jean de Muris nous dit ce qui s'est fait à l'Exposition Universelle ; elle est intitulée Les petites heures de Saint Julien des Ménétriers. Le répertoire est vaste ; les Chanteurs de Saint Gervais sont entendus dans le contrepoint vocal du 16e siècle, dans les motets et histoires sacrées des maîtres de la basse continue du 17e siècle. Des noms de compositeurs apparaissent : Palestrina, Roland de Lassus, Vittoria, Carissimi, Charpentier, Du Mont, etc. Les œuvres sont pour l'essentiel de caractère religieux, et la Tribune de Saint Gervais prévient (février 1900, p. 93) : "quant aux œuvres exécutées, elles iront du chant grégorien le plus primitif à la musique religieuse moderne, même celle que la Schola Cantorum condamne comme étant peu propre à s'associer à la liturgie."

Dans le débat sur les œuvres non liturgiques à l'église, l'exécution du Messie de Haendel à Saint Eustache en décembre 1899 avait déclenché une polémique entre les journaux et l'Archevêché de Paris. Ce dernier contestait l'opportunité d'utiliser une église comme lieu de concert. La Schola était officiellement de même opinion. On lit sous la plume de G. de Boisjolin dans la Tribune de Saint Gervais de janvier 1900 : "J'avouerai que je suis toujours choqué à l'église de l'exécution de toute musique qui n'a pas sa place dans la liturgie." Et plus loin dans le même article : "...nous avons toujours fait et admis la distinction de la musique d'église et de la musique religieuse de concert."

Saint Julien des Ménétriers à l'Exposition Universelle donnait une liberté nécessaire. Ainsi Charles Bordes avait condamné le solo d'église (Tribune de Saint Gervais, février 1898) dont le but était de plaire. Mais à Saint Julien des Ménétriers, il fallait précisément plaire. Les chanteuses (Jarvis  de la Mare, "une excellente mezzo-soprano", Marie de la Rouvière, soprano) furent mises en valeur et un groupe de chanteurs solistes fut organisé sous le nom de "Scholae Cantores" (Paul Gibert, basse, Jean David, ténor, Albert Gibelin, basse). Ces derniers étaient "très appréciés" dans l'exécution des maîtres du 17ème siècle, notamment Carissimi pour sa Damnatorum Lamentatio (Plainte des Damnés), ici dans l'interprétation dirigée par Martin Gester en 2003. 

L'affiche des concerts "Les petites heures de Saint-Julien-des-Ménétriers" que reproduit Bernard Molla (thèse, Tome I, p. 47) dit bien –c'est le sous-titre – que les "auditions musicales religieuses [sont] sans caractère rituel et liturgique" ; cela assurait la liberté des musiciens.

Exposition-Universelle-1900--Saint-Julien-des-menetriers-.jpg

Ces concerts furent un succès. Bernard Molla note (thèse, Tome I, p. 49) : "Officiellement plus de 60.000 personnes se succédèrent dans cette petite église de St. Julien. Ce chiffre tout à fait remarquable prouve combien Bordes arrivait à toucher en profondeur le public parisien."

On trouve dans la Tribune de Saint Gervais (mars 1900, p. 127) une expression frappante pour caractériser ces concerts : le "Musée par l'audition". Le travail didactique continuait ; à la sortie de Saint Julien des Ménétriers, on pouvait acheter les publications de la Schola Cantorum, notamment ce qui était édité à l'occasion de l'Exposition Universelle.

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