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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 19:02

Quelle émotion de lire ce dernier article écrit par Charles Bordes ! Il est publié dans Musica en novembre 1909 (n°86) et s'intitule La danse au pays basque. Nous lui empruntons quelques photos.

S'il fallait une preuve de l'intérêt que toute sa vie il a porté à la culture basque, depuis 1885 où il écoute Choriñoak kaiolan, la voici !

Bien que parlant de la danse, il n'oublie pas l'aspect musical et redit son admiration pour les "magnifiques et anciennes chansons" dans les traditions populaires basques. Plus loin, parlant de la Soule, il écrit : "C'est là aussi que se chanteront les plus anciennes et les plus belles chansons qui constituent peut-être le plus riche et le plus beau patrimoine musical qui soit."

Tout en soulignant le caractère "inné" de ces danses ethniques dont certaines, dit-il, "paraissent remonter à la plus haute antiquité", il ajoute d'une façon que certains ont pu juger contradictoire, "je croirais volontiers … que beaucoup sont d'importations artistiques issues de ballets de cour ou de théâtre et transportées de toutes pièces dans la tradition populaire".

Et logiquement, Charles Bordes réintroduit les danses folkloriques basques dans le ballet classique.  Cet aller-retour entre le traditionnel et le savant a été noté à propos de la musique. Dans la musique basque, Charles Bordes a trouvé des rythmes, des accords et une fluidité qui étaient aussi dans la musique liturgique, le chant grégorien en particulier (voir Charles Bordes et son œuvre de l'Abbé Bordachar, 1922).

La fin de l'article décrit sa présentation du premier acte d'Iphigénie en Tauride de Glück

Musica--86--Iphigenie.JPG

à Saint Jean de Luz puis à Tardets, avec un groupe de danseurs basques, notamment le fameux ballet des Scythes.

Le musicien qu'il est sait analyser techniquement la danse. La "danse du verre", sans doute traditionnelle doit aussi sa subtilité à la "danse d'art" à laquelle elle est "empruntée".

Il n'échappe pas au lecteur l'admiration de Charles Bordes pour ces danseurs :

Musica--86--Tardets.JPG

"Pour le spectateur bénévole, qu'il lui suffise, pour sa joie intime, de savourer la grâce exquise de ce cercle de jeunes gens, beaux pour la plupart et souples comme des chats." Il est très attentif aux vêtements, notant que le costume traditionnel des danseurs ne les avantage pas, "les jambes engoncées dans de gros bas de cotonnade à côtes qui, enlevant toute ligne à la jambe, semblent vraiment échappés d'une grotesque mascarade." Il note que le costume n'est pas vraiment authentique : "leur costume traditionnel et d'apparat qui ne semble pas remonter plus loin que le Premier Empire". Il préconise une réforme et nous livre son rêve d'une grâce retrouvée : "combien ils seraient plus jolis à voir en culottes courtes ou même en pantalons longs mais blancs avec la simple petite veste du pays si légère et si avenante qui a le rare mérite de laisser les jambes totalement à découvert et d'être faite pour la danse."

Ici on semble entendre l'air geordie et l'évocation de Johnny,

sae leish, sae blithe, sae bonny.

Comme il l'a fait pour le chant, il veut faire renaître "la danse masculine au théâtre" en créant "en plein pays basque", "une école de danse pour enfants et jeunes garçons."

Cet art a un caractère sacré, et Charles Bordes, en 1909, lui, le rénovateur de la musique liturgique, n'hésite pas à écrire : "Il est regrettable de constater que le plus grand ennemi de la danse du pays basque est le clergé, et ce encore de nos jours, aussi bien en France qu'en Espagne."

C'est un Charles Bordes complexe, qui confesse avec naturel ce qui doit venir en premier, cette "joie intime".

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