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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 20:22

 

En visitant "La splendeur des Camondo" au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme à Paris (6 novembre 2009 – 7 mars 2010), on trouvait, vers la fin, au détour d'une galerie, une grande photo bleutée qui occupait tout un mur ; extraite de la revue Musica de janvier 1904, elle montrait la foule des notables du tout-Paris musical de l'époque, Vincent d'Indy, Massenet, Isaac de Camondo, etc. et… Charles Bordes. Le nom de ces personnes est indiqué sur la double page de la revue ; il n'y a pas de doute.

Musica--16--janv-1904--le-jury.JPG

C'est l'assemblée générale plénière du jury pour le Tournoi international Musica, le 6 novembre 2003. On apprend que Charles Bordes faisait partie du jury pour le Concours n°4 (Chant religieux avec accompagnement d'orgue). A droite sur la photo, il paraît seul dans la foule, mais visiblement heureux de contribuer à la vie de la musique.

L'exposition du Musée d'art et d'histoire du Judaïsme montrait une coïncidence intéressante. Tout près de la photo du jury du Tournoi Musica, on pouvait voir les manuscrits de mélodies qu'Isaac de Camondo, cet "impressionniste musical", avait composées : Au bord d'un ruisseau, Ile bleue, Ravissement, Roses fanées. L'auteur des poèmes ? Maurice Bouchor. Charles Bordes lui aussi partageait cette communion poétique.

Mais revenons à la revue Musica. Elle permet de mieux connaître la vie musicale au début du 20e siècle. C'est facile. Cliquez ici. Vous êtes sur le site de l'INHA (Institut National d'Histoire de l'Art). On vous propose l'intégralité de la revue, parue d'octobre 1902 à août 1914.

Ce n'est pas un périodique pour spécialiste. La revue s'adresse au mélomane éclairé. On choisit un numéro, on clique sur la couverture puis sur les flèches en haut et à droite pour feuilleter en avant ou en arrière. Dès que vous vous arrêtez sur un article, une loupe rectangulaire apparaît et vous permet de lire confortablement. On peut mettre en mémoire un article intéressant ou l'imprimer. La revue Musica est abondamment illustrée et c'est un vrai plaisir de la feuilleter.

Regardez ces publicités (pardon, réclames) venues d'ailleurs ("le passé", écrit L.P. Hartley dans The go-between, "est un autre pays").

Musica--16--reclames.JPG

On y vend des corsets, du dentifrice, des cafetières, des montres, du chocolat, des postiches ou des dents inusables et montrables. On vous propose de l'huile "infaillible", et je ne puis résister à vous inviter à lire la notice sur la "Pommade Philocome Veloutée" et les promesses qu'elle contient : "Plus de duperie ! Plus d'espoir déçu !" Comme l'homme suriné par des apaches, on ne peut que déplorer l'absurdité de la vie : "Mourir bêtement d'un coup de couteau, quand j'avais, avec les Pastilles Géraudel, de quoi vivre 50 ans encore !"

On propose des leçons de musique et on vend des mandolines, des pianos etc. Voyez la page ci-dessous ou on entend presque les notes :

Musica--15--dec-1903--pub-gramophone.JPG

La revue tient le lecteur au courant de l'actualité musicale de ce début du 20e siècle. Les compositeurs, les interprètes sont tous là. Les œuvres sont analysées en détail, même si quelquefois il y a des dérapages ; ainsi la Marche Funèbre de Chopin, bien étudiée, s'accompagne de photos de Mme Magdeleine qui se livre à "l'extase musicale" et  "sous l'influence du magnétisme, traduit la musique en gestes et en poses pathétiques" (n° 17, février 1904). Plus sérieusement on montre, photos à l'appui, les positions du pianiste (n° 1), du violoniste (n° 3), comment tenir un violoncelle et un archet (n° 11), ou tout autre instrument.

Charles Bordes apparaît quelquefois, dans des images ou des textes. Comme dans la page citée plus haut (n° 16) ou dans l'article sur le concert à Fontainebleau (n°24, septembre 1904) utilisé dans le précédent billet de ce blog. Plusieurs photos, dont la couverture de la revue, nous font revivre cette journée. On voit Charles Bordes, dans une photo rarement publiée, dirigeant les chanteurs de Saint Gervais. Son dernier article, sur les danseurs basques, paraît dans le n° 86 de novembre 1909… Nous aurons l'occasion d'en reparler.

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