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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 17:05

Depuis plusieurs mois, la partothèque du Centre International de la Mélodie Française (CIMF) signale une mélodie de Charles Bordes de ce titre, et en propose la fiche. Cette mélodie n'est pas indiquée ailleurs, et cela vaut la peine de s'y attarder un moment.

Elle est écrite sur un poème de Marc Legrand et figure dans le livre dont il est l'auteur, intitulé L'âme enfantine, 50 chansons pour les écoles, chez Armand Colin, édité pour la première fois en 1897.

 

L'âme enfantine, couverture

D'autres éditions (nous avons vu 1898, 1899, 1908 et 1927) suivront, car il s'agit d'un manuel. On peut comparer avec les livres de Maurice Bouchor (Chants populaires pour les écoles) qui ont la même fonction. Le public visé est un public enfantin, d'où la simplicité du langage et les bons sentiments.


Noël, CB, L'âme enfantine, pp. 18-19

Comme on le voit, il s'agit d'une chanson plus que d'une mélodie. Elle se caractérise par des couplets et un refrain. Certains trouveront cette distinction trop formelle, les éléments répétitifs existant aussi dans la mélodie.

On notera, en lisant le poème de Marc Legrand, une vision sans doute conventionnelle de Noël : la neige, les cadeaux, l'imagerie chrétienne. On a parlé de bons sentiments ; le thème "N'oubliez pas les malheureux" apparaît dès la deuxième strophe. Cela ne nous surprend pas ; même au 21ème siècle, on pourrait aisément trouver des équivalents.

La pauvreté était parfois la mauvaise conscience des Chanteurs de St Gervais et de la Schola Cantorum qui vivaient grâce à l'argent des riches. Charles Bordes veillera, dans sa participation à l'Exposition Universelle de 1900, à ne pas exclure le peuple de la culture. On évalue à soixante mille personnes ceux qui sont venus écouter "de la très belle musique" (selon l'expression d'Alfred Ernst dans une lettre à Verlaine, cf le billet du 12 avril 2011) à Saint Julien des Ménétriers, dans le cadre de l'Exposition. La musique est aussi pour les pauvres. C'est ce qu'exprime, un peu honteusement, un article de Musica (revue qui visait plutôt un public aisé) du 24 septembre 1904. Il s'agit d'un concert donné à Fontainebleau par les Chanteurs de St Gervais. Le journaliste note "…dans un coin, à l'ombre d'un pilier complaisant, quelque petit paysan écoutait, la bouche entr'ouverte, les yeux pleins de joie, les rythmes allègres, les entrelacs lumineux des : Allons gay gay bergères de Costeley ou les grâces piquantes de Joli-jeu de Clément Jannequin…" (voyez dans ce blog le billet du 23 octobre 2011, intitulé "Pour qui chante-t-on ?").

Deux mots sur Marc Legrand. Ses dates (1865-1908) en font un contemporain de Charles Bordes.

Il a peu publié : L'âme antique en 1896 où il est proche des Parnassiens, et L'âme enfantine en 1897. Ses Poèmes posthumes sont parus en 1923. Dans une notice biographique, Paul Deville décrit ainsi le recueil de 1896 : "Cette œuvre rappelle parfois la manière savante des poètes de la Pleïade, l'harmonie tranquille d'André Chénier, le tour laborieux et sûr des Parnassiens. Mais Marc Legrand avait, pour le génie classique de notre poésie nationale, un culte qui transparaissait sous le verbe : ainsi garde-t-il toujours sa personnalité."

Le texte qui nous occupe, Noël, est très différent. On peut penser que sa fraîcheur et son thème allant à l'essentiel du message chrétien pouvait séduire Charles Bordes.

D'autres compositeurs ont collaboré à L'âme enfantine, ainsi Vincent d'Indy (La bonne terre, Mon père travaille), ou Massenet (En avant !), et aussi Julien Tiersot (La sortie de l'école) ou Fernand de la Tombelle (Aimons les bêtes). Colette (Willy) a recueilli un air morvandiau pour le poème de Marc Legrand Le pays natal.

Le livre commence par de brèves notices sur les compositeurs. La précision de celle sur Charles Bordes est notable. Pour une fois, on le fait bien naître à Vouvray. César Franck, le Pays Basque, St Gervais, la Schola sont notés. Il manque l'indication de son œuvre propre comme compositeur, pourtant publiée et quelquefois jouée à la SN.

L'image de la couverture est intéressante. La sculpture de Luca della Robbia représente des chanteurs sur la cantoria (tribune des chantres) de Santa Maria del Fiore à Florence.

 

Cantoria di Luca della Robbia, a, W

Bien des artistes ont rêvé sur cette cantoria .

Charles Bordes sans doute, comme le fait remarquer François-Paul Alibert dans Charles Bordes à Maguelonne (1926), décrivant l'intérieur du Mas Sant Genès : "Et partout un charmant désordre ; une profusion de livres, de partitions, de photographies de tableaux représentant des anges chanteurs qui flattait la vue et l'esprit." Et aussi le sculpteur Paul Theunissen, réalisant plus tard le monument à Alexandre Guilmant, qui représente en fait les Chanteurs de St Gervais (voir notre billet sur Guilmant du 14 février 2012).

 

Cantoria di Luca della Robbia, b, W

Avec ces chanteurs, nous ne sommes pas très loin de Charles Bordes. L'éditeur,


L-ame-enfantine--editeur.JPG

 

Armand Colin, fait en p. 2 de la publicité pour ses autres publications musicales.

 

L'âme enfantine, p.2

Marmontel a été le professeur de beaucoup de gens, et de Charles Bordes en particulier. Il est mort en 1898, l'année qui a suivi la première édition de L'âme enfantine.

Une des éditions du livre porte cet adage éditorial : "A livre sans image, écolier sans courage." Ce doit être valable pour un blog, non ? Dans ce billet, nous avons suivi le conseil.

 

Bon Noël.

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