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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 15:43

Tel est le pseudonyme choisi par Charles Bordes lorsqu'il écrit des poèmes. Dans sa thèse (Tome III, pp. 46-49) Bernard Molla en cite quatre. Ils sont adressés à Jules Chappée. Le dernier cité, "A une giroflée", copié par Jules Chappée, est daté du 5 juin 1881 et écrit à Baden Weiler. Le premier "Les plaintes du vent" et le suivant, "Sur l'eau" sont datés de Lobbes le 29 septembre 1882. Le troisième (n° 19 à la BN), "L'arbre d'amour", date probablement de 1881 comme le dernier texte avec lequel il est joint. Ces textes ont été écrit en voyage, de France en Allemagne en passant par Lobbes en Belgique. Par la suite, Charles Bordes n'a jamais écrit de poésie, en tout cas il n'y en a aucune trace dans la correspondance transcrite par Bernard Molla. Nous savons qu'il avait entendu les romances écrites par sa mère, Marie de Vouvray, probablement à caractère sentimental (non retrouvées encore).

Sa première mélodie, Avril, qu'il montre à Pierre de Bréville en 1883, est écrite sur un poème ronsardisant d'Aimé Mauduit. C'est amusant de voir que Charles Bordes n'inclut pas dans sa mélodie la troisième strophe du poème, un peu "coquine".

C'était un lecteur exigeant ; dans une lettre non datée, probablement de 1883 ou 84, il renâcle d'être obligé de "rhabiller une nouvelle chose sur un poème qui m'a toujours ennuyé" (Bernard Molla, op. cit., Tome III, p. 23). Il sait ce qu'il aime ; c'est aussi pourquoi il y a si peu de mélodies.

Lecteur, puis écrivain, c'est ainsi qu'il apparaît dans la lettre du 31 mars 1881 ou il dit "je lis Lamartine". Dans la même lettre il évoque un accès de romantisme : "Ce matin je voyais au loin se balancer un bel arbre dans le Stadt-Garten et je me disais que l'on doit être bien l'été dans son feuillage à lire et à penser lorsque [la muse] me rend visite, les cheveux épars, le sein découvert comme après une débauche et vient me dire tout bas que l'on pouvait faire autre chose que lire ou penser sous cet arbre majestueux, j'eus le malheur de l'écouter, cela me démangeait et je me suis mis à écrire quelque chose de bien peu platonique mais le tentation etait si forte que je te l'envoie." Le poème alors écrit est sans doute "L'arbre d'amour".

Il est intéressant de nous arrêter sur ces œuvres, avec, bien sûr, la plus grande indulgence. Les thèmes choisis sont traditionnels, avec souvent des clichés : la femme est belle et fragile, l'amour peut passer par des phases difficiles mais il est souvent heureux, il est toujours affiché hétéro comme c'est la règle (nous sommes loin des "pièces condamnées" des Fleurs du Mal).

Il y a communion entre le monde et l'âme : nous lisons dans Les plaintes du vent,

Ces tristes chants de la nature

Humectent mes yeux de pleurs

Et celui qui écrira en 1901 une mélodie sur les vers de Francis Jammes "mon âme éclate de douleur", conclut ce poème par :

                                       Mon âme est prête à se briser

 

IMG_9487.JPG

 

 Considérons le poème Sur l'eau, qui date de septembre 1882. 

 

Quand la vague craintive

Expire sur la rive

En murmurant

Eclairée par la lune

Ou perdue dans la brume

Tout en aimant

Qu'il est doux de vivre

De voir silencieuse,

L'eau clapoter

Et la barque légère

Qui sous ton poids ma chère

Semble verser

Quand ton beau corps se penche

Comme une faible branche

Sur le bateau

Et que tu vas folâtre

De ton fin bras d'albâtre

Faire mousser l'eau

La lune radoteuse

qui nous regarde heureux

Nous dit d'aimer

Et sur ta lèvre rose

Dans mon délire je pose

                                      Un doux baiser

 

Nous le donnons tel que nous le trouvons. Il est écrit au crayon. Nous imaginons bien que la transcription a dû être difficile.

Les clichés linguistiques ont peu d'importance et auraient pu être corrigés (beau corps, fin bras d'albâtre, lèvre rose, doux baiser) ; cependant si on objecte à chère (vers 11), on se souviendra que le mot est verlainien (dans Spleen).

Les 24 vers dont le poème est formé constituent 4 strophes de 6 vers. Au niveau du manuscrit, il n'y a pas de ponctuation sauf une virgule au vers 8. Chaque vers commence par une majuscule, comme il est traditionnel, sauf le vers 20. Nous voyons dans les strophes une grande régularité syllabique : 6-6-4-6-6-4, et les rimes suivent en général le schéma a a b c c b. Si on retient les 4 strophes, il y a un enjambement entre la strophe 2 et la strophe 3 (c'est à-dire entre les vers 12 et 13) : Semble verser/Quand ton beau corps se penche. Il y a d'autres enjambements, nombreux en raison de vers si courts, à l'intérieur des strophes, accentuant la fluidité de l'ensemble (exemple, sujet + verbe : la vague craintive / expire, etc.). Charles Bordes apparaît très soucieux de la forme. Il y a, certes, des défauts. Au vers 18 (Faire mousser l'eau) ou au vers 23 (Dans mon délire je pose) le compte n'est pas tout à fait bon. Mais le schéma rythmique 6-6-4 est bien réussi, produisant très bien un effet de balancement. C'est accentué par le fait que les rimes masculines (ex murmurant, aimant, etc.) sont toujours à la fin des vers courts de 4 syllabes.

Ainsi nous sommes devant un texte qui rend le mouvement de l'eau, thème éminemment impressioniste.

 

IMG_9492.JPG

 

 

 [Photos : la Cisse à Vouvray. © BC]

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