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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 22:25

Un lecteur me signale qu'on peut écouter la Suite basque de Charles Bordes sur le net. Je ne le savais pas. C'est peut-être nouveau et, c'est vrai, je ne pense pas actuellement à la musique instrumentale, plutôt à la musique vocale et aux mélodies en particulier.

Faites un clic ici.

Vous êtes sur musicMe et vous avez la possibilité d'écouter les quatre mouvements de la Suite basque. L'œuvre est indiquée sous ce titre ; ne vous laissez pas troubler par ce qui suit (répété quatre fois) : "a (sic)Vincent d'Indy". Il faut lire à, car Vincent d'Indy est le dédicataire de l'œuvre, comme le montre la première page,

p.1, partition Suite basque

ici dans la transcription pour piano par Ernest Chausson, éditée chez S. Bornemann. La première version, (opus 6), composée en 1886 (Charles Bordes avait 23 ans) est pour flûte, deux violons, alto et violoncelle. Le CD, c'est le "disque tchèque" : premier enregistrement mondial de cette Suite basque, qui a eu lieu à Prague en 2007 (CD chez Orchard/Arcodiva). On entend Carlo Jans à la flûte, et le Quatuor Martinú composé de Luvbomír Havlák (premier violon), Irena Herajnová (second violon), Jan Jíša (alto) et Jitka Vlašánková (violoncelle). La durée totale est d'un peu plus de 22 minutes. Vous verrez le détail sur Internet, les mouvements III et IV étant sensiblement plus longs que les deux premiers.

On trouvera dans le CD une brève notice par Jiří Štilec sur la Suite basque (en anglais et en tchèque), mais l'analyse la plus complète, avec de nombreuses citations de la partition, est celle de Bernard Molla dans sa thèse, pp. 365-377, (Charles Bordes, pionnier du renouveau musical français entre 1890 et 1909 , Université de Lyon, 1985 ; consultable à la BMV). Les remarques qui suivent s'en inspirent.

Le premier mouvement, Prélude, introduit, dans le 1er mode grégorien (Jiří Štilec parle plutôt du Dorien et signale que les Rolling Stones l'utilisent dans leur chanson "She's like a rainbow" ; on pourrait donner d'autres exemples de l'emploi de cette gamme en mineur par d'autres groupes contemporains), la chanson labourdine Argizagi ederra suivie du deuxième thème, la chanson Choriñok kaiolan, exposée sans ornementation. C'est bien sûr ce qui a été signalé par notre lecteur, mais ce n'est pas fini.

Le deuxième mouvement, Intermezzo  suit un rythme de zortziko, indiqué au début par Charles Bordes. Ce rythme est très répandu au Pays basque avec sa mesure à 5 temps, asymétrique. La mélodie est jouée à la flûte qui évoque le txistu, flûte à bec basque à trois trous. On a l'impression de l'Aurrescu, danse nationale basque, avec son déhanchement rythmique.

Le troisième mouvement, Paysage, propose dans le pianissimo, le retour de la mélodie Choriñoak kaiolan. La chanson d'amour de Basse Navarre, collectée par Joseph Canteloube, Lurraren pian sar nindaiteke (Dans le tombeau, ô ma bien-aimée, j'ensevelirai ma douleur !) suit, entrecoupée par des fragments de Choriñoak kaiolan, qui conclut calmement.

Le quatrième mouvement, Pordon dantza, commence avec "une gravité douce", écrit Charles Bordes. Puis la "danse des bâtons" est exposée avec d'habiles variations entre la valse et le décalage rythmique apporté par la flûte. Le tempo s'accélère vers la frénésie finale. On entend de courts rappels de Choriñoak kaiolan et de Argizagi ederra. La danse caractérise ce mouvement et lui donne son unité. La sensibilité de Charles Bordes, qui avait collecté la Pordon dantza à Tolosa en Guipuzcoa, s'exprime lorsque le "musicien-voyageur" écrit en 1899 dans La musique populaire des Basques (p. 349), "les jeunes gens, aux tailles bien prises dans leur ceinture de soie, dansent leurs pas sacrés avec leurs bâtons et leurs épées." (passage cité par Bernard Molla). Cette vision reviendra dans le dernier article de Charles Bordes (Musica, n°86, novembre 1909, p. 173) : "Pour le spectateur bénévole, qu'il lui suffise, pour sa joie intime, de savourer la grâce exquise de ce cercle de jeunes gens, beaux pour la plupart et souples comme des chats."  

Au-delà d'une œuvre instrumentale séduisante, la Suite basque unit les éléments qui ont gouverné le travail artistique de Charles Bordes. C'est évident dans les pièces instrumentales et aussi dans l'opéra inachevé Les trois vagues, et de façon plus subtile dans les mélodies. Dans ses recherches d'ethno-musicologie au Pays basque, il retrouve les sources du plain-chant. De là tout son travail pédagogique sur la musique religieuse mais aussi sur la musique baroque et jusqu'à Gluck. Son intérêt pour la musique populaire, n'est jamais démenti (Société "Les chansons de France", Congrès de juin  1906 à Montpellier). En exergue de sa Rhapsodie basque (1889), Charles Bordes a placé cette phrase de Robert Schumann (Conseils à la jeunesse, 1848) : "Ecoutez attentivement la chanson populaire, c'est la source inépuisable des plus belles mélodies."

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