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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 17:17

Peut-être avez-vous vu ce portrait de Charles Bordes, dans la Nouvelle République de mardi dernier ?

portrait--Gorvel--1924.jpg

Ici il est en entier, mais moins attrayant, car c'est une photocopie, d'où les rayures. Le document original est à la Bibliothèque Nationale. Il est bien fatigué : des centaines de gens l'ont compulsé. C'est La revue musicale du 1er août 1924 ; la copie (d'où provient notre photo) se trouve dans le fonds Charles Bordes de la Bibliothèque de Vouvray.

La gravure en taille-douce est l'œuvre de Georges Gorvel (1866-1938). Elle est parue en 1924, quinze ans après la mort de Charles Bordes, mais Gorvel n'avait que trois ans de moins et l'avait probablement vu et rencontré. Nous sommes loin du "notable" sculpté sur le monument de Vouvray

portrait--CB-sur-le-Monument--8845-JPG

ou de la caricature, récemment publiée par Jean-Marc Warszawksi (& x) dans Musicologie.org, provenant d'un recueil de Charles Constantin (album de 18 planches paru confidentiellement en 1903) et qui montre Charles Bordes, là aussi en "notable",

Schola-1903--Charles-Bordes.jpg

engoncé dans son pardessus tout noir, un chapeau noir très bourgeois, un gros visage à peine visible, les mains cachées.

Ce n'est pas CB, surnommé "le pater" à la Schola, mais si peu "patron". Certes un chef, dirigeant infailliblement ses choristes,

portrait--Musica-24--CB-dirige.jpg

comme dans cette photo de juillet 1904. Avant tout habité par l'idéal de la musique.

C'est un homme jeune qui est mort en 1909. Charles Bordes avait 46 ans. Le portrait de Gorvel lui redonne cette jeunesse, une jeunesse intemporelle. Et aussi l'aspiration à un idéal.

La Revue Musicale, est parue entre les deux guerres. Tout en gardant la tradition en toile de fond, son but principal était d'encourager la modernité. Publiée par Gallimard, elle était dirigée par Henry Prunières. Son amitié avec Romain Rolland est un lien important avec la Schola Cantorum sur laquelle l'auteur de Jean-Christophe, qui la connaissait bien, avait une opinion ambivalente.

Un an après l'inauguration du monument de Vouvray, La Revue Musicale montrait plusieurs facettes de Charles Bordes, notamment une longue analyse de l'opéra inachevé Les Trois Vagues par Gustave Samazeuilh. La lecture nous en remplit de regrets ; une note, à la fin de l'article, signée par de grands noms de la musique, nous dit l'impossibilité de lui redonner vie. Dans sa conclusion, Samazeuilh dit : "La musique de Bordes était franche, directe et claire – comme son regard – pleine de rêve et de fantaisie – comme son esprit." C'est ce portrait rêvé que Georges Gorvel a si bien rendu : un habit neutre, des lignes hâchées obliques, et ce regard, direct et clair.

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