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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 22:48

 

Le sixième billet de ce blog, intitulé "Une photo" vous montre, parmi d'autres personnes, Charles Bordes dans un portrait saisissant. On m'a demandé d'être plus précis à propos de ce document, le billet étant jugé un peu "flou". Pourtant il y est dit des choses assez justes, notamment l'année (1906), le photographe, etc., mais on peut encore améliorer tout ça. Cette photographie est souvent publiée. En plus des références données dans le billet du 8 février, on la trouve dans le n° 155 (janvier 1988) de la revue Zodiaque, consacré à Déodat de Séverac.

En attendant la publication du journal inédit de Ricardo Viñes (Ricard en catalan) par les Presses de l'Université de Montréal (prévue pour 2011 ; ce sera un livre numérique, avec l'original du journal en catalan) ; on trouve, ici et là, de précieux éléments d'information qui en proviennent. Notamment dans les Ecrits sur la musique (Liège : Mardaga, 1993) où Pierre Guillot rassemble et annote des textes de Déodat de Séverac et dans les actes du colloque La musique à la Belle Epoque (Musée d'art Gustave Fayet à Fontfroide, 2010), où les faits sont donnés par Jean-Bernard Cahours d'Aspry dans sa communication : "Déodat de Séverac, Ricardo Viñes et leurs amis de Fontfroide".

La photographie a été prise le 18 septembre 1906 (c'était un mardi) à Saint Félix de Caraman (comme on disait à l'époque ; c'est après 1921 qu'on a parlé de Saint Félix Lauragais) par le Docteur François de Vésian (s, pas z). Ses nombreuses photos (à notre connaissance non publiées) sont une chronique de l'époque et des milieux artistiques que François de Vésian fréquentait. Dans l'ancien atelier de Gilbert de Séverac, Ricardo Viñes joua ce jour-là, nous dit Cahours d'Aspry, "des Etudes de Chopin, le Scherzo en ut mineur de Schumann, de l'Albéniz, et de Séverac, son Hommage à Gauguin."

Pierre Guillot nous donne les noms de tous les personnages de la photo. Nous n'énumérerons pas ces parents et amis de Déodat, mais dirons quelques mots de la petite-fille à droite. C'est Françoise de Bonnefoy, que tous appelaient Césette, née le 18 mai 1905. Elle a un an et quatre mois. Son oncle et parrain, Déodat de Séverac, lui dédiera "Les caresses de Grand-Maman", pièce publiée en 1911 dans le recueil "En vacances". Elle nous regarde et nous interroge. La musique l'habite, elle aussi.

 

Un peu auparavant, début juin, Déodat de Séverac avait participé au "Congrès du chant populaire de langue d'oc" organisé par Charles Bordes à Montpellier. Il en parle dans la revue Musica (n° 111, décembre 1911, p. 241) : "La chanson populaire du Languedoc et du Roussillon nous apparut comme une Muse antique, capable d'inspirer tour à tour, l'élégie et le drame, toute la joie et toute la douleur."

Toujours dans le livre La musique à la Belle Epoque, on sait que Viñes, Charles Bordes, d'autres sans doute, et bien sûr Déodat de Séverac, se sont retrouvés à Saint Félix exactement un an après, le 17 septembre 1907, ce que confirme Marc d'Angelo dans sa communication.

Dans la photo dont nous parlons, Charles Bordes, lui, est à gauche. Son avenir est bref, mais l'année 1907 sera occupée par Castor et Pollux de Rameau qu'il montera et dirigera fin janvier 1908 au théâtre de Montpellier (Déodat de Séverac y assistera), et la partition d'Atys de Lulli ne le quittera pas (voir ce qu'en dit Paul Dukas dans La Revue musicale du 1er août 1924) ; il ne cessera de travailler la musique baroque. Quant à la musique populaire, elle ne cesse de "l'inspirer", pour reprendre l'expression de Déodat de Séverac. Nous n'oublions pas son opéra inachevé, Les trois vagues, sur des thèmes basques.

Charles Bordes, mort en novembre 1909,  ne fera pas partie des "fonfroidiens" dont deux – essentiels – sont sur la photo. Mais il les connaît tous. Fin janvier 1908, l'abbaye de Fontfroide sera achetée par Gustave Fayet et son épouse ; les travaux de restauration viendront ensuite. Sauvée du déclin, elle fera rayonner l'art jusqu'à nos jours. Déodat de Séverac, Ricardo Viñes, Odilon Redon, marqueront le début de ce foyer culturel.

Nous en reparlerons.

portrait--chez-Deodat-de-Severac--la-petite-fille.jpg

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