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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 16:25

Un des premiers domiciles de Charles Bordes à Paris était rue de La Rochefoucauld. Depuis l'automne 1883, il y occupait un appartement en entresol avec son frère Lucien. Pour le moment, il n'est pas possible de dire avec exactitude à quel numéro.

On y faisait beaucoup de musique. Charles Bordes et son frère (violoncelliste à l'Opéra de Paris) recevaient leurs amis. César Franck passait, et les autres, d'Indy, Fauré, Chausson, etc. Il y avait aussi Marie-Léontine Pène, 1er prix de piano au Conservatoire en 1872, qui épousera Lucien. Le témoignage de Gustave Samazeuilh, dans son article sur Eugène Ysaÿe (Courrier Musical, 1er juin 1931), décrit ce "joli temps pour l'Art et les artistes" : "on commençait à quatre heures du soir pour finir à deux heures du matin. On ne s'interrompait que pour aller dîner joyeusement en bande à La truie qui file ou dans un débit-restaurant de la rue de La Bruyère."

Aux Archives de Paris, j'ai suivi studieusement les calepins du cadastre pour 1884. Pour chaque immeuble, il y a de nombreux locataires, mais ils n'y sont pas tous et le nom de Charles Bordes n'apparaît pas. Au n° 60, vingt ans plus tôt, un appartement d'entresol était occupé par Damké, défini comme "artiste musicien" ; il était proche de Charles Lamoureux. Les entresols étant peu nombreux rue de La Rochefoucauld (trois ou quatre), c'est peut-être là que vivait Charles Bordes.

Dans une lettre à Jules Chappée du 23 novembre 1883, citée par Bernard Molla dans sa thèse (Tome III, p. 26),  il décrit son agacement, car il voudrait plutôt composer : "…flûte, ce sont des colis venant de Belgique qui viennent m'assaillir et aide de tapissier j'ai passé la journée entière à pendre des assiettes et des tableaux." Il évoque ensuite la possibilité d'un mariage, dans une vision traditionnelle du couple où ce n'est pas lui qui aurait à s'occuper de ces basses tâches matérielles : "J'ai un fol désir de me marier jeune pour que ma compagne me décharge de tout cela." Dans une lettre non datée mais postérieure, adressée au même ami, Charles Bordes montre un peu sa vie quotidienne, d'une grande simplicité, dans un logement de taille modeste : "Si je n'avais pas eu mon frère et ma belle-sœur chez moi, je t'aurais demandé de venir partager mon huis, quelques jours. Ma concierge y fait la popote pas trop mal et on y est bien couché." (B. Molla, thèse, Tome III, p. 23)

La rue de La Rochefoucauld était bien située. C'était peut-être le "quartier St Georges" du 9e arrondissement, mais c'était surtout une rue de la Nouvelle Athènes, quartier parisien où habitaient, depuis l'époque romantique, acteurs et actrices, musiciens, écrivains, peintres. La population s'était diversifiée à la fin du siècle. Certes, il y avait Gustave Moreau au 14. Un peu par provocation, nous avons donné dans ce blog une

de ses œuvres "abstraites", et il y en a d'autres, comme cette étude :

Moreau--Gustave--etude-abstraite.jpg

Il y avait aussi (au 4 bis et au 6) le marchand d'art Sedelmeyer. Il avait exposé dans sa galerie puis vendu (cher) l'Angélus de Millet en 1889.

Angelus--Millet--c.jpg

On trouvait aussi dans cette rue le siège d'une aciérie et celui des Chemins de fer algériens de l'Ouest…

 

En 15 minutes, Charles Bordes pouvait descendre facilement au Conservatoire de Musique, rue Bergère. En chemin, en bas de la rue à droite, il y avait depuis 1867 la très curieuse église de la Trinité, ici sur une carte postale du début du 20e siècle :

Trinité

Charles Bordes l'a nécessairement fréquentée : l'orgue Cavaillé-Coll, installé en 1868, était tenu par Alexandre Guilmant suppléé par Fernand de la Tombelle.

Quelques années plus tard, Guilmant sera avec Vincent d'Indy et bien sûr Charles Bordes un des fondateurs de la Schola Cantorum. Quant à Fernand de la Tombelle, il est, lui aussi, à la Schola dès le début, et y enseigne l'harmonie.

Les curieux, les promeneurs peuvent remonter, puis descendre cette rue et scruter les façades.

rue-de-la-Rochefoucauld--IMG_0548.JPG 

Il existe plusieurs guides, et les fantômes sont nombreux dans cette rue de la Nouvelle Athènes (au n° 19, Delacroix rendant visite à sa maîtresse ; au n° 25, Volney, l'auteur des Ruines, et aussi les orphelins ; au n° 66, Hugo écrivant L'année terrible ; etc.). A l'angle de la rue ND de Lorette, il y avait un petit marché en 1884. Charles Bordes le connaissait certainement. Au même endroit, aujourd'hui, un grand commerce propose les fruits, les légumes, l'épicerie, etc. 

 

D'autres lieux de Paris étaient parcourus par Charles Bordes. Bientôt nous nous arrêterons avec lui près de l'orme, au bout de la rue François Miron, pour contempler une façade baroque.

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