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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 20:24

 

Verlaine Paul 13 par Dornac max

 

Un peu plus d'un mois après avoir reçu la lettre d'Alfred Ernst l'invitant à écouter la "très belle musique" que Charles Bordes présentait pour la Semaine sainte, Paul Verlaine était photographié dans "son" café, le "Café François 1er", devant un verre d'absinthe.

La photo a été prise le samedi 28 mai. Le café était situé au n° 69 du boulevard St Michel, devant le Jardin du Luxembourg. Il n'existe plus. Il y a un magasin de chaussures et une entrée du métro (ligne B).Le photographe, Paul Dornac (pseudonyme/anagramme de Paul Cardon, voyez les découvertes sur lui d'Yves di Maria et de Marie Mallard Eymeri) publiait une série de photos intitulée "Nos contemporains chez eux". Le domicile de Verlaine n'était pas montrable, alors Dornac est allé au "François 1er". La photo présentée est dans les archives du Musée Carnavalet. Dans la même série, il y a au moins deux autres photos. Une où Verlaine, le chapeau sur la tête, est assis plus à droite sur la banquette, devant une autre table en marbre, avec un verre de vin rouge, presque entièrement bu. L'autre, c'est la même prise de vue, mais moins cadrée sur l'écrivain et donc on voit mieux ce qu'il y a à droite (l'autre table) et à gauche (une autre salle).

La date sur les cartes (1896) ne correspond pas à la prise de vue. D'abord, en 1896, Verlaine était à l'hôpital où il est mort le 8 janvier. Ensuite, Dornac a bien noté que ses photos étaient faites le 28 mai 1892. On comprend qu'il y a un peu de mise en scène ; les accessoires sont là, le journal, roulé dans sa canne, sur la banquette, et bien sûr l'encre et le papier. Verlaine écrit, il prépare des conférences, sans y croire. Il est "fait", dans ce coin, sans issue, loin dans l'ivresse et le désespoir.

Dans Jadis et naguère, Verlaine avait écrit en 1884 (Amoureuse du Diable, poème dédié à Stéphane Mallarmé) : 

Ah, si je bois, c'est pour me soûler, non pour boire.

Être soûl, vous ne savez pas quelle victoire
C'est qu'on remporte sur la vie…

Dans sa Vie de Mallarmé, Henry Mondor écrit :

"A un banquet d'artistes, en 1893, tandis que, dans la gaieté générale, on riait de voir Verlaine ivre, Mallarmé se détourna pour cacher une larme."

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