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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 19:50

Charles Bordes a probablement écrit une mélodie sur le poème Green de Paul Verlaine ; elle est datée de 1887 par Bernard Molla (Charles Bordes, pionnier du renouveau musical français entre 1890 et 1909, tome II, p. 510) mais la "partition [est] introuvable", note Ruth L. White (Verlaine  et les musiciens, Paris, Minard, 1992, p. 259).

Comme le souligne Bernard Molla, "Verlaine fut le poète avec lequel la secrète entente artistique fut la plus spontanée, la plus intime. Bordes fut en effet le premier – avec Claude Debussy – à aborder le "cœur enfantin et subtil" du pauvre Lelian." On lira dans sa thèse le chapitre sur  "Charles Bordes et la musique verlainienne" (tome II, pp. 460-471). 

Publié en 1874, le poème fait partie du recueil "Romances sans paroles" dans la série "Aquarelles" qui comprend sept poèmes. Ils ont été écrits en Angleterre, parlent de Mathilde mais aussi plus ou moins directement de Rimbaud. Deux de ces poèmes (Spleen, Dansons la gigue) ont été mis en musique par Charles Bordes. L'expression sans paroles exprime le refus du discours et de la grandiloquence, et aussi la recherche d'une poésie dont on écoute le chant, la mélodie.

 

Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous

 

On regrettera longtemps de ne pas savoir ce que Charles Bordes a écrit sur ce poème si attachant et où Verlaine apparaît si vulnérable.

 

Green a été mis en musique par Debussy en 1887 et par Fauré en 1891. Vingt-et-un autres compositeurs sont mentionnés par le "Centre international de la mélodie française".

 

Verlaine--Bazille--1868.jpg

 

Verlaine en 1868 par Bazille (Dallas Museum of Art).

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 11:10

Dans la mélodie écrite par Charles Bordes, le mouvement rapide, énergique, du début revient plusieurs fois ; il est en opposition très nette avec le mouvement lent et élégiaque qui porte le texte.

Ce contraste a bien sûr été entendu par de nombreuses personnes. Ce mouvement souligne le leitmotiv du texte de Verlaine qui donne son titre à la mélodie. On se tromperait de n'y voir qu'une invitation, un appel. C'est un cri, ironique et douloureux. Ces remarques veulent en montrer l'arrière-plan.

Le caractère grinçant de l'œuvre a été bien vu par Françoise Masset, dans son interprétation du 8 novembre 2009 salle Thélème à Tours.

 

Il y a une source évidente à la mélodie de Charles Bordes. C'est le chant populaire geordie (Nord-Est de l'Angleterre) "Weel the keel row", classique de ce folklore, et qui date du 18e siècle. Beaucoup l'ont chanté ; à Newcastle et sur les bords de la Tyne, c'était comme un hymne. La jeune fille (lassie) qui chante, dit la fierté qu'elle éprouve en pensant à son ami (my laddie), marin sur une barge (keel) qui transporte le charbon de la Tyne (coaly Tyne). Ce garçon, c'est le meilleur, le plus beau (he's foremost) ; elle insiste sur son attrait physique :

Sae leish, sae blithe, sae bonny.

Sae, vous reconnaissez so et leish est synonyme de blithe qui évoque un corps harmonieux et souple : les termes sont en quelque sorte répétés pour montrer cet éblouissement sensuel. La dernière notation A dimple in his chin évoque cet attrait irrésistible de Johnnie, une "fossette sur le menton".

Voici le texte de la chanson :

 

1. As I came thro' Sandgate,
Thro' Sandgate, thro' Sandgate
As I came thro' Sandgate,
I heard a lassie sing:

 Refrain:
Weel may the keel row,
The keel row, the keel row
Weel may the keel row
That my laddie's in.

 

2. Oh, wha's like my Johnnie,
Sae leish, sae blithe, sae bonny?
He's foremost 'mang the
Mony keel lads o' coaly Tyne. 

 

3. He'll set and row sae tightly,
Or in the dance sae sprightly
He'll cut and shuffle sightly
'tis true - were he not mine.

 

4. He wears a blue bonnet,
Blue bonnet, blue bonnet
He wears a blue bonnet,
A dimple in his chin.

Il me revient, mélange de douleur et de joie, l'enregistrement qu'en avait fait jadis Kathleen Ferrier pour le disque Blow the wind southerly

 

Paul Verlaine connaissait ce chant. Il l'avait probablement entendu. Même à Londres on connaît l'accent geordie. Ce séjour outre-Manche avec Rimbaud lui a laissé des sentiments ambivalents. C'est ce qu'il exprime dans Dansons la gigue, paru en 1874 dans les Romances sans paroles. C'est une des Aquarelles dans Streets. Nous savons que le lieu d'écriture est Soho. Comme ailleurs c'est un masculin qu'il faut entendre quand il dit :

J'aimais surtout ses jolis yeux.

C'est aussi la douleur de cet amour défunt :

Elle est morte à mon cœur

qui s'achèvera – on le sait – par le coup de pistolet de Bruxelles.

Ce qui reste pour le poète, ce sont ces colloques avec l'autre poète :

je me souviens

Des heures et des entretiens,

Et c'est le meilleur de mes biens.

A partir de ces échanges précieux, Verlaine écrira en 1888 son chapitre sur Rimbaud dans Les poètes maudits. Pour le reste, et pour employer une expression moderne, le coming out de Verlaine n'a pas eu lieu, et d'ailleurs l'Angleterre était un lieu dangereux, même pour des "adultes consentants", comme l'histoire l'a bien montré. Et il était également impossible en France, d'où la transposition masculin/féminin.

 

Les mélodies ont souvent un dédicataire ; nous notons, sans en faire un roman, que Charles Bordes dédie celle-ci à son ami Paul Poujaud. En 1890, écrivant cette musique sur le poème de Verlaine, Charles Bordes utilise l'air populaire en ouverture et en thème obsédant. Il marque ainsi ce lien étroit avec l'Angleterre. Ce qui parlait au poète comme l'évocation d'un corps

sae leish, sae blithe, sae bonny

parlait aussi au musicien.

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 21:32

Voici un conte que la Bibliothèque Municipale de Vouvray offre à ses jeunes lecteurs. Il est dans le répertoire de l'Ours, le conteur, et a déjà été raconté à plusieurs reprises, en particulier pour les enfants du Centre aéré.

Le texte, et un commentaire, ont paru dans le n° 24 du bulletin de la BMV, Les Liserons. C'est une adaptation du conte Les Trois Vagues publié en 2000 par Actes Sud Junior et actuellement épuisé. Il est raconté par Diane Barbara, et nous en reprenons les illustrations de Dorothée Duntze.

Mais un conte convient à de nombreux âges. C'est ce qu'on oublie souvent. (Certains font du storytelling en entreprise ou même en politique, mais c'est une trop longue histoire, un autre jour, peut-être.) Ici, dans cette version, Les trois vagues convient à de jeunes enfants (de 3 à 9 ans), mais le conteur peut l'adapter à son public. Des adultes pourraient aussi trouver quelque chose de roboratif dans ce récit d'une lutte pour la liberté.

Un autre billet vous donnera la version recueillie par Araquistain et publiée en 1866. Elle est différente, mais on y retrouve les vagues de lait, de larmes et de sang. C'est la version que connaissait Charles Bordes et qu'il a utilisée dans son opéra inachevé Les Trois Vagues.

Dans une de ses mélodies, écrite en 1895, le 'Madrigal à la musique', traduction de Maurice Bouchor du poème de Shakespeare dans Henry VIII, Acte III, scène 1, (Orpheus with his lute made trees…), il est dit, à propos d'Orphée et de son luth "…la vague marine,/vaincue, à ses pieds déferlait."

Le courageux marin du conte est comme le musicien : il soumet les vagues. C'est ce pouvoir de la musique que Charles Bordes exprime.

 

Voici l'histoire de Peyo (Pierre, en basque).

Peyo le pêcheur rentre au port bien fatigué.

Mais il ramène un panier de sardines de sa journée en mer.

Ça se passait du côté d'Hendaye, ou peut-être de Bermeo, au Pays Basque, là où il y a de grosses vagues sur l'océan. On y vient même de Californie pour faire du surf. Si on n'est pas surfer ou bon marin comme Peyo, il vaut mieux être prudent.

Au port, il y a Sorgin la sorcière qui attend. Elle est méchante, c'est une lamie disent les Basques. Méchante et envieuse : quand elle voit quelque chose qui lui plaît, elle le prend. Une poche magique apparaît dans son manteau noir : c'est là qu'elle met ce qu'elle a pris. Elle veut les sardines de Peyo. Il n'est pas d'accord. Il a travaillé toute la journée pour les pêcher.

"Va-t-en, sorcière, pousse-toi, laisse-moi passer : tu n'auras pas mes sardines."

Et Peyo passe et rentre chez lui.

Sorgin est furieuse. Elle veut se venger. Elle va dans les dunes de sable près du port rencontrer ses deux amies, comme elle habillées de noir. Par hasard, Takio, l'ami de Peyo, se trouve par là. Il se cache bien, dans un repli de sable et il écoute ce que disent les trois sorcières.

Et il court vite chez Peyo pour le prévenir. "Peyo, tu es en grand danger !  J'ai entendu les trois lamies. Voilà ce qu'elles veulent faire de toi. Il y aura trois vagues. La première, de lait, sera pour te faire peur. La deuxième, de larmes, pour te glacer le cœur et la troisième, desang, pour te tuer. Méfie-toi !"

Peyo répond : "Je n'ai pas peur. Veux-tu venir avec moi sur l'océan ? Tu tiendras le gouvernail."

Takio hésite, mais il sait que Peyo est un bon marin et il dit oui.

Le matin ils partent sur la mer dans la barque de Peyo. Dès qu'ils sont au large, ils voient une très grosse vague arriver sur eux. L'écume la rend blanche comme le lait. Peyo n'a pas peur. Il crie à son ami : "Tiens bon le gouvernail, nous passerons !"

Et ils passent sur la vague.

conte--LTV--p17.jpg

Aussitôt arrive la deuxième vague, énorme, amère comme les larmes, celle qui doit lui glacer le cœur. Peyo n'a pas peur. Il crie à son ami : "Tiens bon le gouvernail, nous passerons !"

Ils sont bien secoués, mais ils passent sur l'énorme vague qui déferle.

Très vite la troisième vague apparaît, celle qui doit tuer Peyo.Il n'en a jamais vu de si grosse. Plus haute que la plus haute des maisons de Bayonne. Mais il n'a pas peur.. Il saisit son harpon, qu'il utilise pour aller quelquefois à la pêche à la baleine ou au gros poisson. Il crie à son ami Takio : "Tiens bon le gouvernail, nous passerons !" Takio cramponne le gouvernail. Peyo s'est dressé sur sa barque. Avec son harpon, il vise le cœur de cette vague, plus haute qu'une maison.

conte--LTV--p-22.jpg

Et il le lance au moment où la vague allait engloutir la petite barque. La vague devient toute rouge, comme du sang et on entend comme un cri sur tout l'océan.

La barque passe.

Cette vague qui était plus haute qu'une maison est devenue une ondulation de rien du tout.

Peyo et son ami Takio sont épuisés. Ils rentrent au port. Il ne leur arrive plus rien. Sur la plage, ils trouvent un grand manteau noir avec plein de poches, tout mouillé, abandonné.

On n'a plus jamais revu Sorgin la méchante lamie. Quelquefois on croisait ses amies toutes en noir qui pleuraient.

 

Peyo avait gagné son combat pour la liberté.

 

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 17:39

Ce musicien super-doué, ce pédagogue, ainsi désigné par la postérité (et fixé dans ce rôle par le monument de Vouvray) a choisi de laisser au second plan son œuvre de compositeur, pourtant singulièrement attachante, pour donner aux gens les moyens de chanter.

Et ce choix, il en a trouvé la justification dans son travail d'ethnomusicologie, en écoutant la voix des gens simples (Ce sont aussi les enfants qui chantent dans le monument de Médéric Bruno. Ils lisent les neumes du grégorien, certes. Pour reprendre l'étymologie du mot, c'est aussi le souffle de la liberté.) Dans le folklore basque, il a vu qu'il fallait donner à tous cette possibilité d'expression musicale, et il a puisé un élan, une inspiration pour son œuvre.

 

Il y a une influence strictement musicale. Dans la musique traditionnelle basque, Charles Bordes a retrouvé le plain-chant, qui est aussi une caractéristique du grégorien.  On débat de savoir si le folklore est à la source du grégorien. Charles Bordes pensait que tel était le cas pour la musique basque.

D'autre part, il y a un choc esthétique, qui combine musique et littérature. On a souligné l'importance de la conférence de 1885. Il s'agissait d'une conférence du médiéviste Gaston Paris, accompagnée d'illustrations musicales. Charles Bordes écouta la chanson basque Choriñoak kaiolan en extase. Julien Tiersot écrivit plus tard : "Ce fut pour lui comme la suggestion d'une musique inconnue, sortie de l'autre monde". (Cité par Natalie Morel Borotra, 'Charles Bordes et les Archives de la Tradition Basque' dans  'Le chant et l'identification culturelle des Basques (1800-1950)',   Lapurdum, V, 2000, numéro V)

 

Il y entend pour la première fois la mélodie Choriñoak kaiolan.  Voici les paroles :

 

1. Choriñoak kaiolan,
Tristerik du khantatzen:
Dialarik han zer jan,
Zeren, zeren,
Libertatia zouñen eder den!

2.
 Kanpoko choria,
So.giok kaiolari:
Ahal balin bahadi,
Harterik begir.adi,
Libertatia zouñen eder den!


3.
 Barda amets egin dit
Maitia ikhousirik:
Ikhous eta ezin mintza,
Ala ezina!
Desiratzen nuke hiltzia...

 

et leur traduction littérale par le Dr Jean-Félix Larrieu :


1. L'oiseau, dans la cage, Chante tout attristé : Tandis qu'il y a de quoi manger, de quoi boire, Parce que, parce que La liberté est si belle.
2. Oiseau du dehors, Jette un regard à la cage : Si cela t'est possible, Garde-t-en bien, Parce que, parce que, parce que ? La liberté est si belle.
3. Hier au soir j'ai rêvé Avoir vu ma bien-aimée, La voir et ne pouvoir lui parler. N'est-ce pas bien grand' peine ? Ah ! désespoir ! Je désirerais bien mourir.

 

Charles Bordes accepte aussitôt le travail de collecte qui lui est demandé par le Ministère de l'Instruction Publique. Il devient  "une sorte de Basque d'adoption", pour reprendre l'expression de Tiersot. Il mène sa mission en 1889-90 et passe ensuite tous ses étés au Pays Basque. Il écrit une conférence qu'il fait lire à Saint Jean de Luz en 1897 : "La musique populaire des Basques" ; il  y "démontre" l'intérêt musical du "chant basque", en l'analysant pour la première fois sur la base de critères musicologiques ; la parenté qu'il lui trouve avec le plain-chant et l'aspect rythmique retiennent son attention : le chant basque s'inscrit maintenant dans une histoire musicale, et non plus seulement dans une histoire littéraire, et des passerelles sont établies avec "la musique artistique"  (Nathalie Morel Borotra, op. cit.)

 

Les chansons collectées par Charles Bordes sont publiées à Paris par E. Barillon, sans indication de date : 100 chansons populaires basques , "recueillies et notées au cours de sa mission par Charles Bordes", une sélection, intitulée Douze chansons amoureuses du Pays Basque français et qui contient notamment Choriñoak kaiolan (n° 8) est publiée chez Rouart en 1910 : cette chanson aura accompagné Charles Bordes toute sa vie. Il y a aussi Douze Noëls populaires basques, (vers 1880), et surtout la musique religieuse basque, en 1897, Kantika espiritualak. On notera aussi :  Dix danses, marches et cortèges populaires du pays basque, (1908). L'Abbé Bordachar a bien défini l'importance de cette musique populaire sur Charles Bordes, soulignant cet appel de la liberté : " Il sent que la vraie musique est là, celle qui part du cœur et y revient, dans un jaillissement libre et spontané de la mélodie…" (Abbé B. Bordachar, Charles Bordes et son œuvre, Pau, 1922.)

 

Il ne faut pas oublier l'œuvre de Charles Bordes comme compositeur.

Elle est, du début à la fin, inspirée par l'univers musical basque.

Dans les mélodies, l'inspiration basque se retrouve indirectement, en particulier avec les poèmes de Francis Jammes (d'Hasparren, au cœur du Pays basque) que Charles Bordes utilise (lui même passant ce mois d'août 1901 à Guéthary, au bord de l'océan, à 25 km plus à l'ouest)… Une mélodie comme 'Du courage ? mon âme éclate de douleur' nous dit éloquemment la démarche existentielle de Charles Bordes. (voir Marius Flothuis dans  "…exprimer l'inexprimable…" Essai sur la mélodie française, pp. 77-83,  Amsterdam, 1996).

On peut citer la Suite basque (flûte, 2 violons, violoncelle) op. 6, en 1887, la Rapsodie basque, pour piano et orchestre, op. 9, en 1888, Trois danses béarnaises, op.11, en 1888, l'ouverture pour le drame basque Errege Jan en 1889, Euskal Herria, (musique de fête pour accompagner une partie de paume au Pays basque) en 1891. Dans ces œuvres, la musique populaire basque est intégrée dans la musique savante.

 

Enfin, il y a surtout cet opéra inachevé, Les trois vagues, commencé probablement en 1890, d'après un conte traditionnel basque, et dont il a aussi écrit le livret. Ceux qui ont vu ce manuscrit en ont souligné la grande valeur (nous en reparlerons dans ce blog).

 

On aura noté l'expression : "La liberté est si belle" répétée dans Choriñoak kaiolan. La traduction "rythmée" de F. Gravelet nous dit : "… rien n'est bon sans la liberté" puis "…rien n'est beau…" Au-delà d'une formulation paisible de ce slogan de lutte, il y a une définition esthétique (beau) qui ne peut que séduire les créateurs.

On comprendra mieux le sacrifice de Charles Bordes, consacrant son énergie à la diffusion de la musique et en limitant sa création propre, en écoutant encore Antton Valverde lancer son appel à la liberté.

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 17:20

Quelques enregistrements existent des œuvres de Charles Bordes. En plus des 3'27" de la Fantaisie rythmique jouée par Phillip Sear sur YouTube, déjà mentionnée, voici sept (7) références d'enregistrements que l'on peut essayer de se procurer (situation au 31 janvier 2011).  C'est peu.

 

- 1° Mélodie sur Ô triste, triste était mon âme de Verlaine chantée par Suzanne Danco (Roger Boutry au piano), durée 2'04", sur le CD Suzanne Danco en concert, "INA, mémoire vive", réf. IMV002 , 3329184680226 (enregistré au Théâtre de Vichy en 1955).

 

- 2° Verlaine et ses musiciens

INA, Mémoire vive, réf IMV020, ABM 92 (1996)

Texte de présentation de Renaud Machart qui dirige la collection.

Ce CD contient 7 mélodies de Charles Bordes :

- Paysage vert, par Suzanne Danco (soprano), au piano Roger Boutry (enregistré à Vichy en 1955) 

- Spleen, Sur un vieil air, Epithalame, Ô mes morts tristements nombreux, Paysage vert, Dansons la gigue par Jean-Paul Fouchécourt (ténor), au piano Olivier Greif (Haridas Greif  alors, de 1970 à 1998, c-à-d "Serviteur de Dieu" en sanskrit ). Mélodies enregistrées le 13 mars 1996 à la SACEM pour "INA, mémoire vive".

 

- 3° Mélodie sur le Colloque sentimental de Verlaine chantée par Susan Bickley (mezzo-soprano) avec Iain Burnside (piano), dans le CD Voices, Vol. 2: Half-Close Your Eyes chez Black Box Classics (sorti en mai 2003).

 

- 4° Mélodie sur le poème de Francis Jammes 'La poussière des tamis…' (durée 2'30") chantée par Philippe Pistole (ténor) avec Anne Cleary (piano) dans le CD édité par l'Association Francis Jammes, Maison Chrestia, 64300 Orthez ; enregistrement réalisé par Radio France Pau Béarn en 1992.

 

- 5° Charles Bordes, Douze chansons amoureuses du Pays Basque Français. Hamabi amodio kanta, chantées par Antton Valverde, disque Elkar, Donostia, 2007.

La notice est trilingue (euskara, castillan, français). Le texte basque des chansons est donné. L'éditeur ne connaît pas de traduction en français (bien que leur titre soit aussi donné dans cette langue) ; on peut la trouver dans le recueil qui porte le même titre ; il y a une traduction littérale (fidèle) et une traduction rythmée (infidèle).

L'album peut être écouté gratuitement sur deezer en cliquant ici.

 

- 6° Sinfonietta. Orkestra Sinfonikoa. Musikene (n°4), Donostia, 2007.

Contient la Rapsodie Basque op.9 de Charles Bordes (durée 16'06").

Notice en euskara, castillan, français et anglais. Il s'agit du premier enregistrement mondial (pour toutes les œuvres). José Luis Estellés, qui dirige l'orchestre, est le Directeur du Conservatoire de Donostia (San Sebastián en castillan).

 

- 7° Françaix, Bordes, d'Indy, Pierné, Jolivet.

Par Carlo Jans (flute), Kateřina Englichová (harpe) et le Quatuor Martinů (Lubomir Havlák et Irena Herajnová, violons, Jan Jiša, alto, Jitka Vlašánková, violoncelle).

Référence ArcoDiva, UP 0104-2 131, Prague, République Tchèque, 2007.

Contient la Suite Basque, op. 6, en premier enregistrement mondial (durée 22'23"). Notice en anglais et en tchèque. On peut se le procurer en France auprès de CD Diffusion (Wettolsheim).

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 11:36

portrait--chez-Deodat-de-Severac--en-1906-ou-1908-jpg

 

Cette photo a été mise en ligne en avril 2008 dans le forum "mqcd-musique classique". On nous y dit (Jacques) : "une photo prise vers 1908 à Saint-Félix de Lauraguais (elle figurait dans l'album de la première édition de l'intégrale Ciccolini, parue en disques noirs en 1981)". Il s'agit de l'oeuvre pianistique de Déodat de Séverac. L'intégrale Ciccolini a été rééditée, 3 CD chez EMI Classics.

 

Sur la photo, on voit une salle de la maison natale du compositeur, à Saint-Félix-de-Lauragais ; c'est l'ancien atelier de Gilbert de Séverac, son père. Il était peintre, d'où les tableaux et les plâtres ; l'atelier avait été transformé en salle de musique. Assis au piano il y a Déodat de Séverac (à gauche) et Ricardo Viñes, jouant un morceau à quatre mains. Et se détachant de profil sur le côté de la caisse du piano, on voit Charles Bordes, à gauche de la photo.

 

Le site Internet du journal Couleur Lauragais (n°113, juin 2009) attire notre attention sur cette photo. Il la date plutôt de 1906, ce qui nous paraît probable. En effet, tous s'étaient retrouvés à Montpellier, du 3 au 6 juin de cette année-là, pour le Congrès du Chant Populaire, organisé par Charles Bordes. Déodat de Séverac y avait pris la parole ; il avait publié un article au mois de mai "Le renouveau de la chanson populaire en France".  Plus tard, dans Musica de décembre 1911, il évoquera ce Congrès. Tous étaient amis. Tous avaient un lien avec la Schola. La photo a pu être prise (par François de Vezian) au cours de l'été 1906. Un peu plus tard, le 20 septembre, Ricardo Viñes note dans son journal : "Nous sommes rentrés de Saint Félix le soir. (…) Déodat de Séverac et moi avons parlé d'apparitions et d'anecdotes fantastiques avant d'aller nous coucher." (cité par Suzy Lévy, Journal inédit de Ricardo Viñes. Odilon Redon et le milieu occultiste, 1987).

 

Pour nous, cette photo est comme une apparition. Nous ne saurons pas ce que jouaient Séverac et Viñes ; les auditeurs sont attentifs ; c'est le silence total. Et il y a ce visage de Charles Bordes, grave, fatigué, le regard dans le vague. La maladie l'a "déjà marqué pour la mort" comme l'écrit François-Paul Alibert. Figé, comme un de ces plâtres antiques, la musique le pénètre. Sur la droite, au premier plan, une petite fille nous regarde. Elle nous demande de témoigner. Ce que nous faisons.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:44

Le nom même de Charles Bordes est peu connu. Ce n'est pas surprenant, vu l'oubli et les perspectives faussées. Même à Vouvray, où il est né, certains le découvrent, qui par leur fonction devraient en savoir plus. Je citerai donc, d'abord, la brève notice de l'Encyclopedia Universalis, écrite par Paul Lacas (cette notice se trouve dans le Thésaurus, édition de 1977) ; elle peut rendre service.

 

Musicien français, chef de chœur, compositeur et musicologue, Bordes fut l’élève de Franck et de Marmontel. Il a joué un rôle non négligeable dans le renouveau esthétique en matière de musique sacrée, et son amour éclairé du folklore en a fait l’un des premiers chercheurs de la fin du XIXe siècle. Maître de chapelle à Saint-Gervais (Paris), il fonda la Société des chanteurs de Saint-Gervais (1892). Sous sa direction, cette chorale révéla au grand public les chefs-d’œuvre du passé, tant sacrés que profanes (Palestrina, Lassus, Victoria, Josquin Des Prés, P. de La Rue, Loyset Compère, Allegri, Lotti, M.-A. Charpentier, J.-B. Moreau, ainsi que Bach, Lully, Couperin, Rameau, Lalande, Schütz, Carissimi, Destouches, Campra). «Les exemples qu’il proposait à ses auditeurs émerveillés abolissaient les servitudes des symétries rythmiques, du cloisonnement des périodes ponctuées par de plates cadences; ils délivraient la musique du souci de l’effet, d’une expression dramatique et confidentielle. Ils restituaient à la musique la primauté de la mélodie et du contrepoint» (R. Bernard). C’est Bordes qui prit l’initiative de fonder la Schola cantorum (1894) avec d’Indy et A. Guilmant, qui se montrèrent enthousiastes dès le début. Il en publia et dirigea le bulletin, La Tribune de Saint-Gervais, qui défendait une doctrine esthétique que ses adversaires traitèrent, non sans quelque exagération, de «formalisme». Ses œuvres religieuses, dans un style toujours clair et soigné, s’adaptent parfaitement aux fonctions que la liturgie de l’époque assignait à la musique. Le premier, il mit en musique des textes de Verlaine. Ses mélodies, en raison de leur fraîcheur, de leur tendresse, de leur simplicité frémissante, méritent d’être entendues.

 

(La référence de l'Universalis à R. Bernard est apparemment à son livre Les tendances de la musique française moderne, Paris, 1930.)

Bien que le mot 'compositeur' soit employé, il est mal illustré. Le travail de Charles Bordes sur le folklore basque et ses œuvres personnelles qui en dérivent n'est pas mentionné. Les dernières phrases, sur les mélodies, leur rendent justice, mais il faut ajouter que si Charles Bordes a publié environ 15 mélodies sur des poèmes de Verlaine, il en a publié une quinzaine d'autres sur des textes de divers auteurs dont Léon Valade, Jean Lahor, Maurice Bouchor, Francis Jammes, sans oublier Aimé Mauduit. Elles aussi valent la peine d'être entendues. Nous en reparlerons.

 

Les curieux trouveront sur Internet diverses présentations de Charles Bordes. Ils feront bien de se méfier car le copier/coller a fait des ravages. On découvre avec stupeur qu'il y a eu même une polémique sur le plagiat ; un compromis a été trouvé : la brève notice actuelle de Wikipédia renvoie au site de musicologie.org dont l'auteur, Jean-Marc Warszawski, avait été plagié.


Une erreur banale, que fait d'ailleurs le site que nous venons de mentionner, concerne le lieu de naissance. On trouve dans la notice du Grove, par ailleurs solide, que Charles Bordes est né à "Rochecorbon nr Vouvray" (il faut comprendre near). Peut-être faudrait-il inverser les termes, car si "le château" de la Bellangerie, où Charles Bordes est né, est – certes en limite - dans la commune de Vouvray, la ferme des Souchots qui lui était rattachée et où la mère de Bordes, 'Marie de Vouvray', allait, selon la tradition, faire ses dévotions dans la chapelle troglodytique que Michel Daudin a retrouvé, se trouve sur la commune de Rochecorbon. Et si on remonte les siècles, cette Bellangerie était un fief qui dépendait de la baronnie de Rochecorbon. Mais irons-nous jusqu'au Moyen-âge ?

 

L'acte de naissance, consultable aux Archives départementales d'Indre et Loire et à la mairie de Vouvray donne l'information imparable :

 

Acte de naissance, photo MD.

 

Charles Bordes est bien né à Vouvray. Son père Frédéric Bordes en était le Maire. Le seul Rochecorbonnais de l'affaire était le Dr Lebled qui l'a mis au monde et signe aussi l'acte.

 

On lira avec profit les catalogues de la Médiathèque Hector Berlioz du Conservatoire de Musique à Paris, et celui de la BNF (actuellement environ 160 notices). Même là il faudra être circonspect. Ainsi 'notre' Charles Bordes est quelquefois confondu avec son homonyme du 18e siècle, auteur d'ouvrages légers, voire grivois…

 

Une présentation rapide mais assez complète et équilibrée se trouve dans le texte de la causerie faite par Michel Daudin à l'Académie de Touraine (le 8 janvier 2010).

On regrettera l'absence de références, et certaines erreurs comme sur le nom du sculpteur du monument de Vouvray, mais c'est un texte utile.

 

Enfin, on lira avec intérêt la très complète notice sur Charles Bordes écrite par Octave Séré en 1915 dans Musiciens français d'aujourd'hui. En cliquant ici on trouvera en pdf l'exemplaire de l'Université de Toronto.

 

Un autre billet dans ce blog vous proposera une bibliographie.

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 15:32

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Si vous êtes venus jusqu'ici, c'est que le nom de Charles Bordes ne vous est pas inconnu. C'est bien. Au fil des billets de ce blog nous essaierons de compléter l'image de ce compositeur méconnu.

Vous direz : "Mais il s'agit d'abord du créateur de la Schola Cantorum, du rénovateur de la musique sacrée en France." Et il est vrai que pour Charles Bordes c'est l'œuvre pédagogique qui venait en premier et la composition musicale ensuite. Du moins est-ce ainsi qu'il est souvent présenté. Cela rejoint l'expérience commune : nous connaissons tous de ces maîtres pour qui le travail d'enseignement passe avant toute chose, et tant pis si l'œuvre propre doit être sacrifiée.

Saint-Saëns, cité par Paul Dukas (La revue musicale, 1er août 1924, p. 99) avait dit à Charles Bordes : "Vous êtes perdu pour la composition."

On remarquera brièvement ici que la musique des autres pour qui Charles Bordes s'est dévoué, ce n'est pas seulement la musique liturgique (chant grégorien, Palestrina etc…) ; c'est aussi la musique profane du XVIe siècle et de l'époque baroque, la musique populaire basque ou occitane, et la chanson.

Quant au compositeur, nous n'aborderons pas encore ses facettes multiples. Pour commencer, écoutez donc sa Fantaisie rythmique n°1 ; c'est sur YouTube, où le pianiste Phillip Sear l'interprète.

 

L'enregistrement est de mai 2009.

interprete--Phillip-Sear--4-mai-09.jpg

Nous garderons à l'oreille cette musique tonique derrière les mots que nous déposerons sur ce blog. Il y a cette légèreté et ce rythme dansant avec cette impression de liberté totale mais toujours sous contrôle. Charles Bordes a publié quatre Fantaisies rythmiques. Elles sont quelquefois interprétées, par exemple à Tours le 8 novembre 2009, par François-René Duchâble.

Interprete--Francois-Rene-Duchable--b.jpg

Pour le moment (février 2011), on ne les trouve pas enregistrées.

 

La photo avec laquelle commence ce billet provient de la revue Musica, consultable

sur la toile grâce à l'Institut National d'Histoire de l'Art. Elle a été publiée dans ses numéros 25 (octobre 1904) et 67 (avril 1908). Le photographe en est Paul Bacard, installé à Montpellier depuis 1899.

 

 
 

 

 


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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:42

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Dans la notice Sur le tombeau de Charles Bordes parue dans la Nouvelle Revue Française en décembre 1909, Victor Gastilleur écrit :

Il vivait à Montpellier dans un petit mas tout fleuri avec ses colombes, ses chats, son piano et ses amis. 

Charles Bordes aimait les chats…

C'est une coïncidence, mais ce blog commence aujourd'hui qui est, pour les Vietnamiens, le début de l'année du chat.

En voici donc quelques-uns. Ils ont été peints, en ce début du 20e siècle par Gwen John. Sur cette Galloise qui vivait en France dans l'ombre de Rodin, cliquez ici, vous en saurez un peu plus. Elle avait appellé un de ses chats "Edgar Quinet", car elle vivait près de la station de métro qui porte ce nom.

 

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Les aquarelles proviennent de la Tate Gallery à Londres.

 

Ici, nous n'en dirons pas plus sur ce peintre. Elle vivait dans un autre monde que Charles Bordes, mais il y a entre eux une communauté spirituelle évidente, outre leur proximité géographique et temporelle.

 

 

 

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 17:26

Quelques mots pour vous permettre une navigation agréable sur ce blog. Ce n'est pas un dictionnaire Charles Bordes. Il y a des billets qui abordent divers aspects du compositeur et qui sont déposés ici avec le passage du temps. N'essayez pas de tout lire à la fois. Si vous souhaitez de l'ordre et un peu de structure, voyez les catégories dont la liste est donnée en haut de la page à droite : accueil, sources, biographie, Pays basque, mélodies, environs, etc…

Les mots soulignés sont des liens. Ils renvoient à d'autres billets de ce blog (liens internes) ou quelque part sur Internet (liens externes). N'hésitez pas à cliquer sur ces liens. C'est un surf que l'auteur de ce blog vous suggère. Vous connaissez tout cela ; faites quand même un essai : cliquez sur le mot lien, et vous serez aussi savant que moi.

S'agissant des liens externes, ayez toujours votre esprit critique en éveil : on trouve de tout sur Internet.

Vous verrez en bas (presque) à droite de la page d'écran une rubrique appelée "liens" précisément. Il y a là un certains nombre de sites Internet que j'aime ou qui peuvent être utiles. On peut s'y reporter de temps en temps, pour une plongée dans le monde de Charles Bordes ou pour être informé de l'actualité.

Si vous voulez être prévenu de l'arrivée d'une nouveauté, sur ce blog ou ailleurs, vous pouvez vous constituer un agrégateur (par exemple Netvibes : pub gratuite) où figureront vos favoris.

 

Autant que possible, l'origine des illustrations est indiquée. Certaines photos sont copyright, ainsi que le texte des billets.

Après la lecture d'un billet, vous pouvez faire un commentaire. S'il n'est pas offensant, il sera publié tel quel : l'auteur de ce blog  n'exerce pas de censure.

 

Ce mode d'emploi vous sera resservi dans quelques temps, peut-être modifié. Lire un blog, ce n'est pas bien compliqué, mais les enseignants vous diront qu'il faut répéter, même les choses simples, sans se lasser.

 

Bonne lecture, bons clics, bon surf.

 

 

 

 

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