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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 20:01

[On trouvera ici la fin d'une notice écrite en mars 2020, non publiée ; les deux billets précédents en sont le début. Elle est suivie d'une liste d'outils de travail (bibliographie, consultation en ligne, enregistrements), mise à jour pour ce billet. 
Les illustrations, qui ne figurent pas dans la notice d'origine, sont, dans l'ordre 
1. portrait de Charles Bordes lecteur, vers 1900 (cf Musica n°88, janvier 1910, photographie de Paul Bacard) ; 
2. vagues (carte postale ancienne, "empruntée" sur ce blog au billet "Vacances au Pays Basque" du 25 août 2019 ; 
3. la tombe de la famille Bordes/Bonjean, au cimetière de Vouvray, décembre 2010, "empruntée" au site "Cimetières de France et d'ailleurs". Un billet de ce blog, le 3 septembre 2011 explique le pourquoi de ces graviers blancs, alors que les autres sont gris foncés ;
4. enfin la photographie des mains est un détail de la sculpture de Médéric Bruno sur le mur de l'église à Vouvray (dans ce blog voir le billet Le monument du 7 août 2011.)]

 

 
C'est à l'enseignement musical, à l'activisme pédagogique enthousiaste, que Charles Bordes consacrait son temps. Son œuvre de compositeur en souffrait. On lui doit une quarantaine de mélodies dont beaucoup sur des poèmes de Verlaine, qu'il était souvent le premier à mettre en musique, mais aussi Baudelaire avec Recueillement, (récemment redécouvert) ou des poètes qui comptent pour son époque, de Jean Moréas à Francis Jammes. Le rôle de Paul Poujaud pour lui faire connaître des textes essentiels était primordial. Il a un peu composé de musique instrumentale, notamment la Suite basque, Trois danses béarnaises, Euskal Herria, des Divertissements pour piano et Dix Danses, marches et cortèges populaires du Pays basque espagnol. Peu finalement ; ce pédagogue n'avait pas le temps. L'exemple caractéristique de ce sacrifice est celui de l'opéra Les Trois Vagues, qui utilisait une légende basque, sur lequel il a travaillé et consacré tout son temps libre. Il n'a jamais pu le terminer. Les contemporains, notamment Paul Dukas, pensaient que l'œuvre aurait été l'équivalent de Carmen. Un comité d'honneur a décidé en 1923 qu'il fallait la laisser inachevée, désormais manuscrit dans la Bibliothèque de l'Opéra.

 Une autre passion musicale de Charles Bordes était la musique baroque, qu'il a essayé de faire revivre au début du XXe siècle, comme Lully  (et en particulier Athys) ou Rameau (pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, Castor et Pollux est donné en version orchestrale en 1903 à la Schola et joué en 1908 au Théâtre de Montpellier sous la direction de Charles Bordes). 
Charles Bordes n'était pas en bonne santé, nous le savons par ses lettres (par exemple, c'est alité, l'été de 1884, qu'il a terminé sa mélodie sur Recueillement). La fatigue des tournées n'arrange pas les choses. En décembre 1903, il a une hémiplégie ; les médecins lui recommandent d'aller vivre dans le Midi. Il s'installe précairement à Montpellier au Mas Sant Genès. Il continue les tournées. Il fonde une Schola à Montpellier (après celle d’Avignon en 1899). Il écrit dans La Tribune de St Gervais, bulletin de la Schola Cantorum et dans la revue Musica ; ainsi, dans le numéro de novembre 1909, on trouve son dernier article La danse au Pays basque.

Le 8 novembre 1909, à 47 ans, Charles Bordes meurt à Toulon d’une embolie cérébrale, épuisé. On peut se recueillir sur la tombe à la colonne brisée de la famille Bordes-Bonjean, à Vouvray, au "cimetière dans les vignes" où il a été inhumé en janvier 1910. 


Quelques outils de travail

Lire
 
- ALIBERT, François-Paul, Charles Bordes à Maguelonne, Paris, Maison du Livre Français, 1926

- DAUDIN, Michel, "Charles Bordes, créateur de la Schola Cantorum", in Mémoires, Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, tome 22, 2009, pp. 33-51

- HALA, Patrick, osb, Solesmes et les musiciens  Vol . I La schola Cantorum, "Charles Bordes", pp. 1-386, Solesmes, Éditions de Solesmes, 2017

- LE ROUX, François, "Regards sur les compositeurs tourangeaux" in Mémoires, Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Touraine, tome 24, 2011, pp. 51-66

- MOLLA, Bernard, Charles Bordes, pionnier du renouveau musical français entre 1890 et 1909, thèse de musicologie, Université de Lyon II, novembre 1985

- ROUCHON, Jean-François, Les mélodies de Charles Bordes (1883-1909) Histoire et analyse, thèse : Musique – recherche et pratique, Université Jean Monnet de Saint Etienne, CNSMD de Lyon, mai 2016


lire en ligne

- Blog "Autour de Charles Bordes",   (depuis le 3 février 2011). Cliquez ici. Voir en particulier le billet du 5 juillet 2015, ici
 

- SÉRÉ, Octave (Jean Poueigh), Musiciens français d'aujourd'hui, Paris, Mercure de France, 1921, Charles Bordes pp. 36-51. Cliquez ici.
  

- Site du Centre International de la Mélodie  Française, cliquez ici.
 

- Site musicologie.org, "Charles Bordes", cliquez ici.

- La Tribune de St Gervais, XVe année (1909)
Numéro spécial Charles Bordes,  p. 292 et suivantes. Cliquez ici.  

  

Enregistrements (par ordre chronologique)

- Charles Bordes, Sur un vieil air (mélodie sur un poème de Verlaine),  par Charles Panzéra (baryton), 1926, cliquez ici.   

- Verlaine et ses musiciens,  Charles Bordes, une mélodie chanté par Suzanne Danco  (soprano),  Roger Boutry au piano (1955) ;  six mélodies chantées par Jean-Paul Fouchécourt (ténor), Olivier Greif au piano, (1996), INA, 1996

- Charles Bordes, Douze chansons amoureuses du Pays Basque Français
     hamabi amodio kanta, Antton Valverde, CD Elkar, 2007
     ici, Choriñoak kaiolan : cliquez ici.
     

- Charles Bordes, Suite Basque op. 6 (premier enregistrement mondial)
in CD ArcoDiva, UP 0104-2 131, Prague, République Tchèque, 2007.

- Charles Bordes, Rapsodie Basque op. 9 (premier enregistrement mondial)
dans CD Musikene, Sinfonietta Orkestra Sinfonikoa, José Luis Estellés, 2007

- Charles Bordes, Mélodies et oeuvres pour piano, Sophie Marin-Degor (soprano), Jean-Sébastien Bou (baryton), François-René Duchâble (piano),
     Paris, Timpani, 2012

- Charles Bordes, Les mélodies vol. 2, Sophie Marin-Degor (soprano), Géraldine Chauvet (mezzo-soprano),  Éric Huchet (ténor), Nicolas Cavalier (basse), François-René Duchâble (piano), Paris, Timpani, 2012

- Charles Bordes, Œuvres basques
     François-René Duchâble,  Olivier Laville, Ensemble Hélios,
     CD Chanteloup Musique, 2018


Nombre de ces œuvres sont audibles sur internet. On attirera l'attention du lecteur sur 
- la Fantaisie Rythmique n°1
par Phillip Sears (mai 2009). Cliquez ici.

- la mélodie Dansons la gigue (cliquez ici)
chantée par Jean-Sébastien Bou (septembre 2012)
et dans ce blog, le commentaire que j'en ai fait

- la mélodie Ô mes morts tristement nombreux
chantée par Jean-Paul Fouchécourt (1996). Cliquez ici.

 


 

 

BC

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4 juin 2021 5 04 /06 /juin /2021 16:03

[Après le billet "Présence de Charles Bordes, 1/3", voici le second (2/3). Il est principalement constitué par la suite d'une notice non publiée écrite en mars 2020. 
Les illustrations sont (dans l'ordre) : 
1. "Les fondateurs de la Schola" (image officielle, parue en 1900, et analysée sur ce blog dans le billet "Rue Saint Jacques", le 22 avril 2013) ;
2. le logo de l'Édition Mutuelle (1902) sur la page de titre de Mercœur d'Albéric Magnard (Gallica) ; 
3. une affiche pour la vente de "Recueils de Pièces de Chant" à    Saint Julien des Ménétriers pendant l'Exposition Universelle de 1900 
4. et le début de la partition de La Cansoun dis Avi (1906). 
On trouvera bibliographie, discographie, etc. avec le 3/3 de "Présence de Charles Bordes".]
 

 

Entre-temps, il y avait eu la création en 1894 de la Schola Cantorum, d'abord Boulevard du Montparnasse puis en 1900 au 269 rue St Jacques où elle est toujours. Cet établissement privé d'enseignement était le rival du Conservatoire. Son but était à l'origine la défense et le renouveau de la musique d'église, mais son action dépasse ce cadre, et c'est toute la musique qui est considérée. Toute une génération d'interprètes et de compositeurs en est sortie. La Schola avait été fondée avec Alexandre Guilmant, l'organiste et Vincent d'Indy qui était tout le contraire de Charles Bordes et qui prit le dessus rapidement, reprochant à Charles Bordes son laisser-aller financier. Certes, la Schola ne survivait que par des donations que Charles Bordes implorait (rôle de la haute bourgeoisie, mélomane mais conservatrice). Souvent ignorée par l'Église, la Schola Cantorum fut cependant rattachée à l'Institut Catholique en 1898 ; le Pape Pie X, dans son Motu Proprio de 1903, prit la défense d'une musique liturgique dans le sens indiqué par Solesmes et la Schola.  
L'activité de Charles Bordes se portait aussi sur l'édition musicale dans le cadre de la Schola dont le Bureau d'Édition publie sous sa direction l'Anthologie des maîtres religieux primitifs, le Répertoire moderne de musique vocale et d'orgue, le Chant populaire à l'église et dans les patronages et des Concerts spirituels.  Il y eut aussi la création de l'Édition Mutuelle dans le but de rendre les partitions accessibles financièrement à tous les compositeurs.

Il voulait aussi  défendre la musique populaire. Cet intérêt ne nous surprend pas : en exergue de la Rapsodie basque (op. 9, 1888), Charles Bordes cite cette phrase de Robert Schumann, extraite des conseils donnés dans son  Album pour la jeunesse (op. 68, 1848) : "Écoutez attentivement la chanson populaire, c'est la source inépuisable des plus belles mélodies."  En 1900, il donna avec le Chœur de St Gervais de nombreux concerts dans l'église St Julien-des-Ménétriers dans le quartier médiéval reconstitué par Robida sur le site de l'Exposition Universelle. Ces concerts drainèrent des centaines de personnes. 

En plus de son activité au Pays Basque, il recueillait la musique occitane (Onze chansons du Languedoc en 1906). Le congrès de Chant populaire eut lieu à Montpellier en juin 1906 ; Charles Bordes créa aussi le « Syndicat d’initiative artistique et régionaliste des pays de langue d’oc » en 1907. En 1905, il créa la société « Les chansons de France » avec, entre autres, le concours d'Yvette Guilbert, et commença la publication d’une revue trimestrielle (du même titre, première parution en juillet 1906, dernière en octobre 1913)  pour recueillir ces mélodies populaires.

 

BC
 

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3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 09:21

Charles Bordes est né à Vouvray le 12 mai 1863 à la Bellangerie. Son père, Frédéric Bordes était Maire de la commune jusqu'en 1870. Il est mort en 1875. La famille fut ruinée par le phylloxéra et la propriété vendue en 1879. La mère de Charles Bordes était musicienne. Sous le nom de Marie de Vouvray, elle avait écrit et publié des romances (Les vœux du cœur, La chanson du battoir, L'heure des rêveries, etc.) chantées dans les salons vers 1830. Elle a influencé profondément son fils Charles et plus tard lui a fait découvrir l'Allemagne. Elle mourut en 1883. Après des études chez les Dominicains d'Arcueil, Charles Bordes devint élève au Conservatoire où il étudia  le piano avec Marmontel. Il était aussi l'élève de César Franck et faisait partie de la "bande à Franck"  : Pierre de Bréville, Emmanuel Chabrier, Ernest Chausson, Vincent d'Indy, Henri Duparc, Albéric Magnard, André Messager, Guy Ropartz, Charles Tournemire, Louis Vierne, etc. tout ce qui comptait dans le milieu musical. Ils étaient très marqués par Wagner, faisaient le pèlerinage de Bayreuth, tout en défendant la musique française (avec, par exemple, la S.N.M., Société Nationale de Musique, dont la devise était "Ars gallica" ).  Tout de suite Charles Bordes écrit des mélodies sur des poèmes reflétant son époque et son âme tourmentée (par exemple sa mélodie sur le sonnet Recueillement de Baudelaire date de l'été 1884).
Pour survivre, dès 1883, il travaille à la Caisse des Dépôts et Consignations. Il continue tant bien que mal ses études musicales ; il organise de son mieux des soirées musicales très courues, chez lui, rue de la Rochefoucauld dans la "Nouvelle Athènes", avec son frère Lucien, violoncelliste, et sa future belle-sœur Marie-Léontine Pène, pianiste.
Il assiste à une conférence de Gaston Paris au Cercle Saint Simon, au printemps 1885 ; il en gardera l’amour de la musique basque. En 1887 il est engagé comme Maître de chapelle et organiste à St Saturnin de Nogent-sur-Marne puis en 1890 à St Gervais, l'église des Couperin, à Paris. Il est guidé par son ami, l'avocat mélomane Paul Poujaud, éminence grise de la musique française et lettré.

 Charles Bordes crée en 1892, indépendamment de l'église, les "Chanteurs de St Gervais" avec lesquels il fait toute sa vie des tournées dites "de propagande" à travers le pays. L'été 1889 et le suivant, il est missionné par le Ministère de l'Instruction Publique pour une collecte ethnomusicologique au Pays Basque. Des conférences, la publication de Cent chansons populaires basques dans les Archives de la tradition basque (1890), Douze Noëls populaires basques (1894), Kantika espiritualak (1897) et plus tard Douze chansons amoureuses du pays basque français (1910) en résultent. Dans ce dernier recueil se trouve Choriñoak kaiolan, hymne à la liberté, entendu chez Gaston Paris et dont le thème se retrouve dans plusieurs œuvres composées par Charles Bordes dont la Suite basque et la Rapsodie basque.
Très intéressé par le plain-chant, il avait de fécondes relations avec Dom Pothier et Dom Mocquereau de l'Abbaye de Solesmes, centre du grégorien. Sur le Monument de l'église de Vouvray, le sculpteur (Médéric Bruno) a représenté trois enfants du Chœur de St Gervais chantant les neumes qu'on peut lire sur l'antiphonaire. Charles Bordes s'attachait à faire revivre la musique sacrée et profane du Moyen âge, de la Renaissance et au-delà : Palestrina, Vittoria, Allegri, Roland de Lassus, Clément Jannequin, Guillaume Costeley, sans oublier Monteverdi. Les concerts de l'église St Gervais eurent un grand succès auprès des Parisiens ; en particulier la Semaine Sainte de 1892. La fabrique de St Gervais jugeait ce renouveau de la musique liturgique exigeant mais loin de la musique à la mode. Le conseil de fabrique "remercia" Charles Bordes en mai 1902. Il continua cependant ses tournées avec les Chanteurs de St Gervais.

 

 

 


[Ce billet, la première partie de "Présence de Charles Bordes",  est principalement constitué par le début d'une notice non publiée écrite en mars 2020. Le tout est constitué de trois parties : 1/3, 2/3 et 3/3.
Les illustrations sont (dans l'ordre) : 
1. le portrait de Charles Bordes,Tribune de Saint Gervais, numéro spécial In Memoriam, décembre 1909 ; 
2. Paul Poujaud et Charles Bordes, à Solesmes en juillet 1897. Paul Poujaud a 42 ans, Charles Bordes 34. Je remercie Dom Hala de l’autorisation de montrer cette photo. 
3. Charles Bordes dirigeant "Les chanteurs de St Gervais", thèse de Bernard Molla, Tome I, p.22 (voir aussi Musica n°24, septembre 1904). 
La bibliographie, discographie, etc. sera avec le 3/3 de "Présence de Charles Bordes".]

 

 

BC

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 23:01

 

Journees-du-Patrimoine-2013.jpg

Il pleuvait beaucoup ce samedi. Le conférencier et ses courageux auditeurs ont quand même tenu une heure. Devant le monument à Charles Bordes, pas possible de s'abriter dans l'église : il y avait un mariage, puis aussitôt un autre.

Lisez ces quelques lignes sur l'événement dans la Nouvelle République d'aujourd'hui. Vous bénéficiez d'une photo en couleurs (pas dans la NR sur papier, où tout est gris comme la pluie). Celui qui écrit ces lignes tient un magnifique parapluie vert, un peu trop penché dans le feu de l'action.

Hommage a été rendu à Médéric Bruno, l'auteur du monument. Et surtout à Charles Bordes, en évitant la "légende dorée". En 1923, quand le monument a été inauguré, il y avait le Maire, Charles Vavasseur et aussi Pierre de Bréville, deux ans de plus que Charles Bordes, qui a fait un long discours mêlant habilement louange, anecdotes et critique voilée.

Après avoir contemplé le Clos du Bourg d'où semble sortir le clocher de l'église, le groupe s'est arrêté au "cimetière dans les vignes" devant la tombe de la famille Bonjean/Bordes, avec sa colonne brisée. Une palme métallique pour le compositeur (mais, après vérification, il n'a pas eu "les Palmes"). Les morts ont été évoqués et aussi la servante dont la pierre a disparu (mais le gravier encore tout blanc et une photo portaient témoignage), et pourtant elle les avait servis pendant cinquante années, et la pierre parlait de son dévouement.

Il fallait évoquer les autres, "tristement nombreux", les notables du "Père Lachaise vouvrillon", le Baron Brenier, le Curé Mauduit qui avait baptisé Charles Bordes, Charles Vavasseur, Emile Delahaye (vous savez, les voitures), les Saint Exupéry côté paternel, et, autre colonne brisée,  les jeunes morts de l'ambulance de Vouvray en 1870, sans oublier Robert Spiess, soldat hanovrien, mort au même endroit.

Après la descente, dernier regard sous la pluie au monument d'hommage.

C'était la commémoration vouvrillonne des 150 ans de Charles Bordes.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 16:33

Une note sur des événements tourangeaux pour les 150 ans de Charles Bordes.

 

D'abord ceux que l'Association Charles Bordes organisait directement. Cette association figure dans la page d'accueil à droite depuis le début de ce blog (la réciproque n'est pas vraie).

La maison de disques Timpani Records vient de sortir le deuxième volume des mélodies de Charles Bordes. Nous en reparlerons. La couverture en est ornée par le tableau bien connu de Sorolla, Promenade au bord de la mer.

Une présentation du CD était faite au Musée des Beaux-Arts de Tours jeudi 5 septembre. Le Président de l'Association Charles Bordes y parla de la carrière du compositeur, un discours bien rodé, conventionnel et lisse. Des mélodies étaient diffusées, avec une excellente sonorisation (Matthieu Delpy, L'audiophile, Tours) qui emplissait la salle de Diane. Au début, Sophie Join-Lambert, Directrice du musée, rappela que Charles Bordes y dirigea un concert dans la salle des Etats Généraux (décembre 1894).

Le vendredi, dans la Salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Tours (son acoustique est, on le sait, difficile), on entendait au piano l'admirable François-René Duchâble jouer le Caprice à cinq temps et les quatre Fantaisies rythmiques de Charles Bordes et trois Préludes de César Franck.  Il accompagnait aussi des mélodies de Charles Bordes qui se trouvent dans le CD mentionné plus haut, ainsi que des mélodies de César Franck. Elles étaient chantées par le ténor Eric Huchet. Un bis nous proposa d'ironiques chansons d'Eric Satie, suivi d'un ter avec une mélodie plus sombre de Duparc. La Nouvelle République a publié un compte-rendu du concert. Il était bien équilibré. On y entendait les mélodies suivantes de Charles Bordes :

- Amour évanoui, poème de Maurice Bouchor,

- Avril, poème d'Aimé Mauduit,

- Petites fées, honnêtes gnomes, poème de Jean Moréas,

- Ô triste, triste était mon âme, poème de Paul Verlaine,

- Profonds cheveux, poème de Léon Valade,

- Recueillement, poème de Charles Baudelaire,

- L'heure du berger, poème de Paul Verlaine,

- Pleine mer, poème de Victor Hugo.

La présence du poème de Jean Moréas, souvent désigné par son premier vers Sous vos longues chevelures, petites fées, marquait l'ancrage de Charles Bordes dans le symbolisme, ainsi que la fonction spirituelle de la mélodie, dont nous avons parlé ici.

Le programme du concert comportait (pp. 18-19) un utile tableau des mélodies de Charles Bordes. On peut aussi se reporter aux notices de la partothèque du CIMF.

 

Parallèlement à cela, le CESR organisait un colloque sur Charles Bordes le vendredi et le samedi. Le colloque était très confidentiel, aucune publicité n'était faite, le site Internet du CESR n'en disait rien. Le public était admis, mais il fut fort réduit.

Il réunissait des spécialistes de l'époque et de Charles Bordes. Trop brièvement, voici les sujets de leurs exposés.

Vendredi matin sur le thème "les étapes d'une carrière" :

- Charles Bordes à Saint Gervais. (Fanny Gribenski),

- Une autre image de Charles Bordes. Son "irresponsabilité". (Catrina Flint de Médicis),

- Charles Vervoitte, un Maître de chapelle, de Rouen à Paris. (Vincent Rollin).

Vendredi après-midi, sur le thème "Charles Bordes en perspective" :

- Charles Bordes, Léon Vallas et la Schola de Lyon. (Barbara Kelly),

- Charles Bordes et la diffusion de l'esprit "scholastique" en France : exemples de Nancy, Lyon et Montpellier. (Katharine Ellis),

- Le chant basque, le collectage par Charles Bordes, sa conférence de 1898, les danses. (Natalie Morel Borotra).

Samedi matin avaient lieu des communications plus techniques :

- L'analyse harmonique des mélodies de Charles Bordes : une modalité à la française. (Sylvie Douche),

- L'influence de Pierre de Bréville dans l'édition des mélodies de Charles Bordes. Une réécriture ? (Jean-François Rouchon).

On notait d'utiles interventions notamment de Denis Herlin ainsi que d'autres personnes présentes. Le colloque était mené avec sûreté par Philippe Vendrix, Directeur du CESR ; il a en particulier fourni des conclusions soulignant les difficultés que pose l'étude de Charles Bordes.

L'Association Charles Bordes et le CESR veulent sortir un livre. Il est encore dans les limbes car il faudra du temps. Les communications seront peut-être publiées séparément. Réunies, elles ne constituent pas le livre qui reste à faire. Au début du colloque ont circulé deux magnifiques ouvrages publiés par Brepols pour le CESR. Quel rêve serait un livre identique sur Charles Bordes avec une iconographie appropriée !

 

Une étude correcte de Charles Bordes pose de nombreux problèmes. Sans vouloir être exhaustif en voici quelques-uns notés en vrac par l'auteur de ce billet :

- La correspondance de Charles Bordes est insuffisamment connue. Les lettres présentées dans la thèse de Bernard Molla sont à revoir. Beaucoup de lettres sont dispersées ou disparues. Par exemple, où est maintenant la correspondance de Charles Bordes avec Paul Poujaud, où apparaît notamment la relation particulière entre les deux hommes ?

– Bernard Molla signale que Charles Bordes faisait des photos. Où sont elles ?

– Palestrina n'a jamais disparu de la musique au 19e siècle.

– Une distance critique doit être prise par rapport à René de Castéra (Dix ans d'action musicale) et la Tribune de Saint Gervais en général. La prudence s'impose devant des textes souvent hagiographiques.

– La personnalité de Charles Bordes doit être mieux interprétée, et sa place doit être donnée au handicap que représente l'hémiplégie à la fin de sa vie.

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 16:41

 

Oui, c'est 1884. Nous sommes bien au 19e siècle… Ce n'est pas tout à fait au hasard du calendrier que nous prenons cette année.

C'est l'année où Charles Bordes a atteint sa majorité, 21 ans le 12 mai. Sa mère est morte le 26 août 1883. Il s'est peu exprimé sur ce deuil. Nous avons ses lettres à Jules Chappée où la douleur est pudiquement tue (Sois sage…) et où il donne le change en parlant à son camarade des promenades en forêt de Fontainebleau. Nous parlerons plus loin du sonnet de Baudelaire qui décrit cette attitude.

Il a pris un travail alimentaire à la Caisse des Dépôts et s'est installé rue de La Rochefoucauld, dans cette Nouvelle Athènes qui avait connu la gloire sous le romantisme. Un peu plus bas dans la rue vit Gustave Moreau ; il peint ces libellules vers 1884.

Gustave-Moreau--Libellule--vers-1884--Musee-GM.jpg

Régulièrement, tout au bas de la rue de La Rochefoucauld, Charles Bordes va écouter Guilmant sur l'orgue Cavaillé-Coll de la Trinité. Il étudie au Conservatoire, alors situé un peu plus loin au sud-est, dans le Faubourg Montmartre.

Conservatoire--le-theatre.jpg

Elève de Marmontel et de César Franck, il commence à écrire de la musique.

 

A la rentrée de 1883 il montre à son condisciple Pierre de Bréville sa mélodie Avril sur le poème Vieil Air d'Aimé Mauduit.

Peut-être est-ce sa première mélodie. "Quelques jours plus tard" dit Bréville, (discours de Vouvray, 17 juin 1923), "il m'en montrait une autre."

Dans la partothèque du Centre International de la Mélodie Française (le CIMF), nous trouvons cinq mélodies écrites en 1883. Charles Bordes

choisit le grand poète, Hugo, avec la mélodie Pleine mer. Il n'utilise que les six premiers vers du poème. Déjà apparaît la fascination pour la mer, infini à conquérir (vers 5 et 6) :

L'œil ne voit que des flots dans l'abîme entassés

Rouler sous les vagues profondes.

On la retrouvera dans l'opéra inachevé Les trois vagues, mais aussi dans le Madrigal à la musique sur le poème de Shakespeare traduit par Maurice Bouchor  qui célèbre la victoire de l'art sur les vagues.

Il écrit la mélodie Soirée d'hiver sur un poème de François Coppée. C'est peut-être un salut respectueux à l'incontournable écrivain, élu à l'Académie Française en 1884. Mais il y a dans "la mort d'un oiseau" (vers 2) une mélancolie amère qui dominera toute l'année 1884 et au-delà.

Cette tristesse se retrouve dans Amour évanoui sur le poème de Bouchor (vers 15 et 16):

Le temps des lilas et le temps des roses

Avec notre amour est mort à jamais.

Les poèmes de Verlaine mis en mélodie en 1884 illustrent aussi cette tristesse, des Soleils couchants (vers 12 et 13, avec ce cauchemar) :

Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves

à la Promenade matinale où le "bonheur adorable" (vers 12) est peut-être trouvé, mais dans la douleur, puisque c'est (vers 17 et 18) "l'âme / Que son âme depuis toujours pleure et réclame."

La même année, c'est un échec total que Charles Bordes dit avec Verlaine dans le Colloque sentimental (vers 14) :

L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Ecoutez la mélodie chantée en 1931 par Germaine Corney, sur Deezer, n° 14, en cliquant ici (accompagnement orchestral).

 

On ne saurait séparer ce pessimisme radical de celui que le sonnet de Baudelaire, Recueillement, mis en musique pendant l'été de 1884, exprime. Nous en avons parlé ici l'année dernière.

Charles Bordes avait des raisons personnelles de choisir ce texte. Son tempérament, son sentiment de doute le portait vers cette mélancolie qui ne le quitte pas. Plus tard, en mars 1897, dans une lettre à Guy Ropartz, il écrit : "Vraiment le Bon Dieu n'est pas toujours très juste. On ne peut être parfaitement heureux, il faut toujours payer son tribut. Pour ma part j'en sais quelque chose car j'ai des moments de tristesse profonde." Et il conclut : "Pauvre névrosé que je suis !"

Charles Bordes connaît bien un autre "névrosé" qui a lutté – en vain – pour écrire lui aussi une mélodie sur Recueillement. Nous avons parlé ici de l'effacement de Charles Bordes devant Duparc. Sa mélodie entre dans le non-être, dans le secret total. Le numéro d'opus que Charles Bordes lui attribue (le 6) sera barré, oublié (?) et attribué à une autre œuvre (c'est la Suite basque, publiée par Bornemann en 1887).

La mélodie Recueillement est dédiée à Paul Poujaud. Nous ne savons pas quand il le rencontre. Peut-être voit-il ce mélomane à la SNM. Paul Poujaud est né en 1856 ; il a donc sept ans de plus que Charles Bordes. Tous deux sont visiblement d'accord pour que cette mélodie reste secrète. Charles Bordes lui dédie par la suite les quatre mélodies de Paysages tristes.

On a vu, avec la mélodie sur les Soleils couchants de 1884, qu'il n'y a pas de description de la nature, mais la présentation d'un état d'âme. Le poème de Verlaine, avec ses répétitions, comme dans un pantoum, exprime bien le côté obsessif, l'angoisse même.

Ces Paysages tristes, dont il fait partie, seront créés par la SNM en février 1887. Le poète y écrit et répète (Promenade sentimentale, vers 5) :

j'errais tout seul, promenant ma plaie

Pour Verlaine, mais aussi pour Charles Bordes, "…c'est la nuit…" (L'heure du berger, vers 12). Quel écho du Recueillement baudelairien !

 

Charles Bordes a tout à fait sa place dans ce courant symboliste. En 1884, Huysmans publie A rebours où il parle longuement de Gustave Moreau, mais aussi d'Odilon Redon. Nous avons commencé ce billet avec une aquarelle de Gustave Moreau. Odilon Redon, nous l'avons déjà évoqué dans ce blog. Terminons ce billet sur Charles Bordes, musicien symboliste partageant le climat esthétique de l'époque, par cette illustration de la nouvelle (traduite par Baudelaire) de Poe La barrique d'amontillado, quelquefois nommée La folie, dessinée au fusain par Redon en 1883.Odilon-Redon--La-barrique-d-amontillado--1883.jpg

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 11:01

 

A strange word to begin this post. Perhaps not so strange in English as it is in French (although in English it was "only" introduced in 1954, so says Webster). It means 150 years and it refers here to Charles Bordes who was born in 1863. As he is not very well-known in France (to say the least), no fireworks mark the event.

The official page on the Internet has a few lines about him by Gilles Cantagrel. It is in French. If you can read the language, click here. The article rightly stresses Charles Bordes's interests, in particular for the Basque folklore or for baroque music. It also mentions, though necessarily briefly, his compositions of several mélodies, especially on Verlaine's poems. However, it mentions the opera Les trois vagues (The three waves) without saying that Charles Bordes left it unfortunately unfinished. This failure is a tragedy and remains as a sore regret for the composer's admirers.

The Grove dictionary has an entry about him, written by Elaine Brody and Pierre Guillot (2001 edition). It begins with a mistake of little importance: Charles Bordes was actually born in Vouvray, not elsewhere. But the Bellangerie estate, where he was born, also extended over the neighbouring village, Rochecorbon.

La-Bellangerie-carte-EM.jpg

The château appears here on the coloured version of the Ordnance Survey map (made around 1870); nothing remains of the original building. There are a few melancholy vestiges, like this gate, drawn a few years ago by Georges Pons:

La-Bellangerie--dessin-de-Georges-Pons--3547-JPG

The owner of the manor, Charles Bordes's father Frédéric, was Mayor of Vouvray. He saw the invasion of grape phylloxera but died (in 1875) before it reached the Vouvray vineyards (see here).

The estate was sold in 1879. Needless to say, Mrs Bordes did not get much money from it. In 1883, when she died, Charles Bordes had to find an employment. He took a frustrating job at the Caisse des Dépôts et Consignations, classifying meaningless papers, having little time for "divine music" (in his words) which he studied at the Paris Conservatoire de musique, under Marmontel and César Franck. Finally, in July 1887, he was appointed chapel master in Nogent-sur-Marne just outside Paris.

A word about the Vouvray vineyards. Phylloxera was successfully fought and vanquished. Wine lovers will find many (many) pages devoted to it on the Internet. Click here, you will have an example.

On this topic, we must quote Lawrence Ferlinghetti who said in 2001 how much it represented for him.

 

Drinking French Wine in Middle America

 

Bought a bottle of Vouvray
and poured out its bouquet
of the French countryside
on the plains of Middle America
and that fragrance
floods over me
wafts me back
to that rainy hillside
by the banks of the Loire
Vouvray tiny village
where I sat with rucksack
twenty-eight years old
seafarer student
uncorking the local bottle
with its captured scent of spring
fresh wet flowers
in first spring rain
falling lightly now
upon me-

 

Where gone that lonesome hiker
fugace fugitive
blindfold romantic
wanderer traumatic
in some Rimbaud illusionation-

 

The spring rain falls
upon the hillside flowers
lavande and coquelicots
the grey light upon them
in time's pearly gloaming-
Where gone now
and to what homing-
Beardless ghost come back again!

 

An evocation of Vouvray around 1950 shows the church in the centre, but the monument to Charles Bordes on the church wall is hardly visible, hidden by the elm's shadow. At the top right hand corner, the cemetery (le cimetière dans les vignes) where he is buried is visible if you strain your eyes.

Vouvray-les-vins, carte postale vers 1950

 

Back to music.

On this blog you will find the article in English entitled "Charles Bordes – Famous French Composer and Teacher". It is hilarious and sad at the same time. While it contains a few accurate details, it is full of untruths, beginning with the word "famous" in the title. It made me angry, hence the remarks which follow it.

A good general introduction can be found in the already mentioned Grove Dictionary.  It is indispensable reading.

Charles Bordes sacrificed his composer's creative work to his pedagogical tasks. Sacred music was his main field of activity, with the Chanteurs de Saint Gervais, the choir he created in 1890, and above all with the Schola Cantorum, the school he founded in 1896. He died in 1909, aged only 46; "a short life" Grove says.

 

The Basque connection is important. It began after a lecture by Gaston Paris in 1885; in 1889 and 1890 he carried out fieldwork in the Basque country in France and in Spain. It resulted in various publications in the series Archives de la tradition basque. It also influenced his own compositions, not only the Suite basque (1886) and the Rapsodie basque (1888), but also the piano pieces Quatre fantaisies rythmiques and the Caprice à cinq temps (published in 1891). His friend Julien Tiersot says that he became "a kind of adoptive Basque" ("une sorte de Basque d'adoption"). We mentioned earlier his unfinished opera Les trois vagues on which he worked (when he could) throughout his life.

 

He composed nearly forty mélodies on contemporary poems. He was the first to tackle certain texts. In the case of Verlaine's poems, he anticipated other composers, in particular Debussy.

Some of the authors he chose are forgotten today, for instance the mysterious Aimé Mauduit (spelt "Maudit" by Grove, with an involuntary pun which makes him a "poète maudit"). Others are well-known, though often considered as "poètes maudits" precisely. There is this mélodie of 1884 on Baudelaire's famous sonnet Recueillement ("Sois sage ô ma douleur/ Calm down, my Sorrow… in Robert Lowell's translation) which I found last year in the library of the Paris Conservatoire. (Click here and there for the articles in French on this blog.)

 

There are few portraits of Charles Bordes. Several are on this blog. I do not wish to repeat their publication; if you want to see them, click here or there or here again.

Can we show here the choirmaster?

In this detail of a photograph published by Musica in September 1904 (n° 24),

portrait, Musica 24, Ch B dirige Charles Bordes, inhabited by music, shuts his eyes. Or here, he is again with the "Chanteurs de Saint Gervais"; while you look at this picture,

portrait, Ch B dirigeant les Chanteurs de St Gervais, BM p.can you share the joy which Charles Bordes communicates?

 

How can we listen to Charles Bordes's compositions? There are few recordings.

Without losing a minute you can listen to Philip Sear on YouTube;  in a recording made in May 2009, he plays

interprete--Phillip-Sear--4-Mai-2009.JPG

the Fantaisie Rythmique n° 1.

 

A recording of Basque songs which Charles Bordes collected and harmonized, under the title of "hamabi amodio kanta, Douze chansons amoureuses du Pays Basque Français" can be found, published by elkar in Spain. They are sung in Euskara by Antton Valverde (november 2007). interprete--Antton-Valverde--juillet-2011--W.jpgThey can also be found on Deezer (after your inscription); listen in particular to Choriñoak Kaiolan (n° 8) which Charles Bordes heard in 1885 and which marked him deeply. The text (in Euskara) and a translation (in French) are here.

The Suite basque for flute and string quartet is on a CD published in 2007 by ArcoDiva in Prague. The recording on Deezer is here.Also in 2007, the Rapsodie basque was recorded by the Orkestra Sinfonikoa directed by José Luis Estellés. It was issued in Donostia-San Sebastián by the School of music (Musikene) and can be found in their shop (denda).

 

Verlaine, Gustave Bonnet, 1897

Several anthologies of Verlaine's poems used by various composers (and in particular by Charles Bordes) can be found. Still on sale there is the CD published in 1996 by the French INA (ref. IMV020); it is also on Deezer. The mélodies were sung by Suzanne Danco (soprano) in 1955, and Jean-Paul Fouchécourt (tenor) in 1996.

In the CD called Promenade Sentimentale – Paul Verlaine in song published in 2003 in Germany by Ambitus (ref. amb 96 854), the soprano Mariette Lentz sings Promenade sentimentale and Le son du cor.

The CD Symposium V – An anthology of song – French songs in rare recordings – 1910-1943 contains an interpretation of Colloque sentimental sung in 1931 by the soprano Germaine Corney. Germaine Corney, carte postale PolydorThis precious recording (n° 14) can be heard on Deezer. Just click here.

Last year Timpani Records published a CD (ref. 1C1196) of works for piano played by François-René Duchâble and mélodies to poems by Verlaine sung by Sophie Marin-Degor (soprano) and Jean-Sébastien Bou (baritone). I wrote a review of it on this blog. A review of this CD by Adrian Corleonis for Fanfare is readable. He speaks of "France's best kept musical secret". One can only agree with this view. A concert was given last year on Poppy Day (a pure coincidence) in the refectory of the Prieuré de Saint Cosme at La Riche near Tours. (Ronsard was Commander of the priory and is buried there.) François-René Duchâble, Sophie Marin-Degor and Jean-Sébastien Bou can be seen and heard on YouTube. You will hear Paysages tristes II (Les sanglots longs..) and IV (Promenade sentimentale).

interprètes, Duchâble, J-S Bou, St Cosme, 11 nov 12

A second volume of mélodies is planned to come out very soon and we will speak about it in time.

 

Before concluding, a brief bibliography of studies in English.

 

- L. Llewellyn (mentioned by the Grove dictionary)

Bordes's life: Great Musical Inspiration of a Century.

Musical America, (11,9) 1909-10  

- Philip M. Dowd

Charles Bordes and the Schola Cantorum of Paris: their influence on the liturgical music of the late 19th and early 20th centuries.

Catholic University of America, 1969

- Susan Mary Malecki

Charles Bordes: an examination of selected Mélodies.

University of Georgia, 1981

- Catrina Flint de Médicis

Nationalism and Early Music at the French Fin de Siècle: Three Case Studies.

Nineteenth-Century Music Review,

(1, 2), November 2004, pp. 43-66

- Katherine Ellis

Interpreting the musical past: Early Music in Nineteenth-Century France.

Oxford University Press, 2005

- Katherine Ellis

The Politics of Plainchant in fin-de-siècle France

Ashgate, 2013.

 

The most complete study is in French:

Bernard Molla

Charles Bordes, pionnier du renouveau musical français entre 1890 et 1909

Lyon, 1985

(see here)

 

Concerning the bulletin of the Schola Cantorum, "La Tribune de Saint Gervais", Gallica is helpful and also Internet Archive, remarkably efficient: just type the title and the year.

 

Charles Bordes was born 150 years ago. Even in Vouvray, where a monument honours him and where there is his grave,

tombe--palme-d---BC--26-oct-09.jpg

few people know his name or, when they do, what it represents.

 

You may find this post too long. Yet much more could be said. I hope you will find it useful. Your questions and remarks are welcome. OverBlog usually transmits them.

 

 

[The photograph of Antton Valverde comes from Wikipedia. It was made on 2 July 2011 by Goiena.net.

Paul Verlaine's portrait was made by Gustave Bonnet; it is the frontispice of Paul Clerget's Paul Verlaine et ses contemporains par un témoin impartial, published in 1897.

The portrait of Germaine Corney comes from a commercial postcard published by Polydor.

François-René Duchâble and Jean-Sébastien Bou were photographed during the concert at Saint Cosme on November 11, 2012.

The palm on the Bonjean/Bordes grave was photographed in October 2009.]

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 18:21
L'église était pleine.
Pour un concert. Passe-temps que certains peuvent juger bien profane – n'y a-t-on pas entendu le Carnaval Romain – mais qui pourtant stimule et élève l'esprit.
Et d'ailleurs cette église n'est-elle pas placée sous le signe de la musique ? En y entrant des chanteurs de pierre nous accueillent. On me dira que Charles Bordes s'est occupé d'abord de musique sacrée, que ce sont des neumes * grégoriens que lisent les chanteurs de pierre. Peut-être, mais la réalité est plus riche que cela. Charles Bordes a vécu sa courte vie dans et pour la musique, multipliant dans le pays les ouvertures d'écoles de musique, au détriment d'une œuvre personnelle pourtant prometteuse. C'est-à-dire agissant pour rapprocher la musique des gens. Il y a là une volonté de démocratisation de l'art qu'il faut souligner.
D'autres, aujourd'hui, continuent sous des formes diverses, comme par exemple par les Rencontres Musicales de l'Est Tourangeau.
 
Mais revenons à Charles Bordes. En cette fin du 19e siècle, la Schola Cantorum était parfois étroitement nationaliste, et un Vincent d'Indy que Charles Bordes avait placé avec lui à la tête de l'institution avait des positions idéologiques inacceptables.
Mais sa musique merveilleuse (pensez à la Suite cévenole) contredit et dépasse ce qui est intolérable chez l'homme. D'Indy, le compositeur, puisant dans ses racines occitanes, vient ajouter un chatoiement à la musique française. De même Charles Bordes occupe ses nombreux voyages dans l'hexagone à collecter la musique du peuple, comme l'attestent sa Rhapsodie basque ou ses Chansons du Languedoc.
"Il sent que la vraie musique est là, celle qui part du cœur et y revient, dans un jaillissement libre et spontané de la mélodie…" (Abbé B. Bordachar, Charles Bordes et son œuvre, Pau, 1922).
Une diversité magique qui donne à la musique son universalité, sa capacité de s'adresser à tous. Comme l'autre soir, le 8 février, avec Berlioz, compositeur français par excellence, ce Carnaval Romain.
 
L'église était pleine.
Mais paraît-il, il y avait à peine une douzaine d'habitants de la commune, en plus des G.O. (les "Gentils Organisateurs", comme on dit au Club Med). Je n'ai pas compté, car la musique était là. Doit-on conclure, de cette faible présence communale, que cela ne vaut plus la peine de dépenser un centime d'euro pour ces Rencontres ? Mais ce concert avait répondu à une attente, et bien entendu, la prochaine fois les Vouvrillons y seront plus nombreux.
 
Et donc que la musique continue de vivre à Vouvray ! Ce n'est pas un vague souhait, sans substance : il s'appuie sur les réalisations remarquables de ces Rencontres Musicales de l'Est Tourangeau. L'Ensemble Carpe Diem que nous écoutions ce soir-là, en remettant à l'honneur les transcriptions, nous surprenait en donnant une proximité à de grandes œuvres symphoniques.
Leur souffle libérateur passait sur le public. Nous n'étions finalement pas si loin des neumes de Charles Bordes.
 
- - - - -
* neumes : ce sont des signes d'aspect anguleux utilisés au Moyen Age pour la notation du chant grégorien (du grec neuma, souffle). En observant le monument à Charles Bordes, vous remarquerez que ce détail a été respecté par le sculpteur. A ce propos, quelqu'un sait-il quelque chose sur l'artiste, qui signe Bruno ? Pour ma part, je n'ai pas su trouver.
 monument, 8843.
 
 
 
[Petite commémoration : ce texte est paru dans l'Autre Journal, publication de l'opposition municipale à Vouvray, en mai 2003. L'occasion en était un concert donné par les RMET, à l'église de Vouvray, le 8 février de la même année.
Les lecteurs de ce blog n'apprendront pas grand-chose sur Charles Bordes. L'article reste un peu sommaire ; du chemin a été parcouru depuis. La citation de l'Abbé Bordachar, prise hors contexte, en fait un romantique, ce qui n'est pas tout à fait juste.
Si vous voulez entendre le Carnaval Romain de Berlioz, je vous propose l'interprétation qu'en donnait l'Orchestre Symphonique de Detroit en 1959, sous la direction de Paul Paray.
Il n'y a pas eu de commentaire, ni de réponse à ma question. Il est maintenant possible de savoir quelque chose sur Médéric Bruno. BC]
 
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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:07

portrait, TSG, 1909, numéro spécial

Voici le 150ème anniversaire de Charles Bordes, né le 12 mai 1863.

Cela fut annoncé à Vouvray par un article dans le bulletin L'écho vouvrillon, paru fin décembre (n° 31, p. 20 et 21). Nous en avons parlé ici.

 

Il est question ici et là de ce "sesquicentenaire", et en particulier sur la page des "Commémorations nationales" sur le  site des Archives de France. On peut y lire l'article de Gilles Cantagrel. L'auteur, très sensible à la musique baroque, n'a pas manqué de signaler cet aspect trop peu souligné de Charles Bordes. Tant pour la musique sacrée que pour la musique profane, il a fait jouer des compositeurs ainsi classés. On y a vu un intérêt pour la musique française. Du nationalisme, quoi. C'est curieux. Ce ne fut jamais l'optique de Charles Bordes. La musique d'abord. Certes, on trouve Charpentier ou Rameau, mais aussi Monteverdi (il disait Monteverde), Lulli, Bach et Glück.

 

Il faut lire comment il "infligea" Atys à son ami Albéniz, selon ce que nous rapporte plaisamment Paul Dukas (La Revue Musicale, 1er août 1924) : "…à la fin de sa courte vie, quand, déjà bien souffrant, il se proposait de remettre au théâtre, à Monte Carlo ou ailleurs, l'Atys de Lulli, sa passion du moment. Dans les derniers temps il en promenait partout avec lui la partition. Il la portait sous le bras la dernière fois que je le rencontrai à Nice chez Albeniz qu'il tenta, vainement d'ailleurs, de gagner à la cause du "coquin ténébreux". Il fallut que, bon gré mal gré, le bon Albeniz, qui n'en avait pas envie, écouta deux actes d'Atys. Il aimait Bordes et se résigna. Je fus prié de tenir le piano et Bordes chanta d'un bout à l'autre ses deux actes, qu'Albeniz, écroulé sur un divan, écouta sans broncher, dans la plus morne accablement. Séance inoubliable !..." En cliquant ici, vous verrez et écouterez la "danse des zéphirs" d'Atys, et , le duo "Je veux joindre en ces lieux…"

 

Pour ces 150 ans, passons chez Monteverde, non pour une œuvre religieuse, comme les Vespro de la Beata Vergine, forcément connue de Charles Bordes, mais pour le célèbre madrigal "Si dolce è'l tormento" où l'ambivalence de la musique – douleur et joie – s'exprime si bien. En cliquant ici, vous en aurez l'interprétation de Thomas Cooley, donnée en septembre 2009 à San Francisco. Vous trouverez aisément d'autres interprétations du poème de Carlo Milanuzzi.

 Monument--chanteur-douloureux--199.JPG

 

"Sois sage, ô ma douleur…" ; le sonnet de Baudelaire vient ici à l'esprit. C'est la mélodie secrète de Charles Bordes ; elle architecture toutes les autres. Il était l'auteur – vous le savez bien – d'une quarantaine de mélodies. Nous n'en parlerons pas ici. Pour terminer cet hommage, voici  Renouveau, mélodie de Déodat de Séverac écrite pendant l'hiver de 1897 sur le rondeau de Charles d'Orléans (Le temps a laissié son manteau…). Elle est dédiée à Charles Bordes qui était son maître à la Schola. Un enregistrement a été fait des mélodies de Déodat de Séverac chez Hyperion en 1998. Elles sont chantées par François Le Roux. On peut acheter le CD ou le télécharger ou écouter gratuitement 60 secondes de la mélodie Renouveau en cliquant ici.

 

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye,

Et s'est vestu de brouderie,

De souleil luysant, cler et beau.

 

Il n'y a beste, ne oyseau,

Qu'en son jargon ne chante ou crie :

"Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye."

 

Rivière, fontaine et ruisseau

Portent, en livrée jolie,

Goutes d'argent d'orfaverie,

Chascun s'habille de nouveau.

 

Le temps a laissié son manteau

De vent, de froidure et de pluye.

 

 

 

[Le portrait qui ouvre ce billet est emprunté à la Tribune de Saint Gervais, XVème année, 1909, Numéro spécial. Le chanteur douloureux (photo BC) est un détail de la sculpture de Médéric Bruno sur le monument de Vouvray dédié à Charles Bordes.]

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 11:21

Au coin du boulevard Montparnasse et de la rue Stanislas, une boutique, transformée en maison d'habitation, porte cette enseigne "Schola Cantorum,  Ecole de chant liturgique et de musique religieuse". D'ailleurs, le passant saurait vite la destination de ce singulier local. Car, du matin au soir, sans trêve, s'échappent des fenêtres entr'ouvertes des chants, des bruits de piano et des ronflements d'orgue.

 
C'est ici le logis de la Schola Cantorum, qui n'est point inconnue des lecteurs des Débats et dont on leur a déjà dit le but et les œuvres. Aujourd'hui, l'entreprise a grandi ; une école nouvelle vient d'être fondée. Mais, avant de pénétrer dans cette maison d'art et de foi, laissez-moi vous conter la genèse de la Schola.

Il y a quatre ans, quelques artistes et quelques religieux s'assemblaient dans la salle de la maîtrise de l'église Saint-Gervais et Saint-Protais et discutaient des meilleurs moyens de rendre à la musique religieuse sa pureté et son éclat primitifs. Ils avaient été convoqués et réunis par M. Charles Bordes, chef de la Compagnie des Chanteurs de Saint-Gervais et qui nous avait déjà révélé par de remarquables exécutions les magnificences de la musique chorale du seizième siècle. M. Guilmant, l'admirable organiste, et M. Vincent d'Indy donnaient à l'œuvre l'appui de leur talent et de leur autorité. Musiciens et ecclésiastiques étaient pleins de belles indignations et de nobles desseins : ils voulaient chasser des églises la musique profane ; ils flétrissaicnt les organistes qui travestissent des cantilènes d'opéras en motifs d'offertoire et les maîtres de chapelle qui adaptent les paroles liturgiques à des chœurs de théâtre ; ils réclamaient pour l'exécution du plain-chant le retour aux traditions grégoriennes et l'application des principes fixés par les bénédictins de Solesmes ; ils célébraient aussi les beautés de la musique palestinienne et rêvaient la création d'une musique religieuse moderne qui respectât le texte et l'esprit de la liturgie… Et M. Bourgaud-Ducoudray définissait ainsi l'œuvre à accomplir : "Construire un temple à la place d'un casino." Déjà l'on parlait de faire des éditions nouvelles, d'organiser des exécutions, d'ouvrir des écoles... Les musiciens proposaient, proposaient toujours ; et les ecclésiastiques approuvaient, les uns avec enthousiasme, les autres vaguement intimidés. Ils furent charmants, les débuts de cette petite Eglise. Ces premières réunions se tenaient dans une jolie salle ogivale dont les murailles disparaissaient sous les partitions amoncelées ; un jour pâle se glissait à travers les meneaux des vitres poudreuses. Quelque chose d'apostolique flottait sous la vieille voûte gothique. Et ce furent les catacombes, les joyeuses catacombes de la Schola.

 

Il a levé, le grain que ces artistes jetaient alors à pleines mains avec une ardeur un peu téméraire. M. Charles Bordes, artiste missionnaire, qui, à son grand amour de la musique, joint un dévorant besoin d'agir, de convertir, d'instruire et d'organiser, a mis la main sur toutes les bonnes volontés qui s'offraient et voici qu'aujourd'hui le programme conçu en 1894 est, presque tout entier, réalisé.

Depuis quatre ans, une Revue, la Tribune de Saint Gervais, publie des études spéciales pour exposer et défendre les principes de la Schola, en même temps qu'elle rend compte des efforts tentés de toutes parts pour la rénovation de la musique religieuse. M. Bordes a voyagé par toutes les provinces de France afin d'éveiller le zèle des prêtres et des maîtres de chapelle et les exciter à créer des maîtrises modèles partout ; il a réussi aujourd'hui, presque toutes les grandes villes de France possèdent une Schola à l'image de celle de Paris. Puis de jeunes musiciens se sont mis à la tâche, ils ont écrit des motets et des pièces liturgiques d'un caractère vraiment religieux. Enfin, une Ecole de musique a été ouverte dans le local de la rue Stanislas; elle prospère ; elle compte quarante élèves. Les principaux professeurs sont : MM. Guilmant, Vincent d'Indy, Charles Bordes et le R. P. Chauvin, bénédictin du prieuré de Paris. C'est un merveilleux foyer d'enthousiasme artistique. On y apprend la musique, et on l'apprend bien : les noms des professeurs en sont garants. Mais, ici, les maîtres donnent à leurs élèves une leçon plus précieuse encore pour de futurs artistes : ils leur enseignent, par l'exemple, le dévouement, le désintéressement. Car, ai-je besoin de le dire ? ces artistes font aux jeunes gens de la Schola largesse de leur temps et de leurs conseils.

Mais, une fois cette Ecole en pleine prospérité, M. Bordes ne s'est point tenu pour satisfait. Il est bien tard pour commencer l'éducation musicale d'un jeune homme à seize ou dix-sept ans. Il fallait donc, à côté de cet enseignement supérieur de la musique, organiser, d'après des principes analogues, une école primaire pour les enfants. Et voici comment M. Bordes a mené à bien cette nouvelle entreprise.

 

Pendant des mois, il a parcouru la France (il a même poussé jusqu'en Belgique) pour découvrir des enfants de dix à treize ans dont la voix fût  belle et dont le goût pour la musique fut certain. Puis il a demandé aux parents, des artisans ou des ouvriers, pour la plupart, de lui confier leurs petits garçons, prenant l'engagement de les loger, de les nourrir et de leur apprendre la musique sans aucune rétribution. Il a, de la sorte, fait venir à Paris une douzaine d'enfants : c'est tout ce que peut contenir la maison de la rue Stanislas. Un prêtre, ancien maître de chapelle à Saint-Front de Périgueux, surveille les gamins. Un instituteur leur enseigne l'orthographe, l'histoire et le calcul. M. Bordes, aidé des meilleurs élèves de la Schola, leur apprend à chanter et à jouer de l'orgue ; ils ont encore des leçons de piano et de violon !

Ces enfants, venus des quatre coins de la France, sont là depuis quelques jours seulement et déjà leurs voix d'une exquise pureté font merveille. On les peut entendre le jeudi matin à la chapelle du patronage de Nazareth, boulevard Montparnasse, ou bien, le dimanche, à l'église anglaise de l'avenue Hoche.

 
Et, naturellement, M. Bordes ne s'en tiendra pas là ; dans deux ou trois ans, ses enfants chanteurs seront hors d'état de chanter dans aucune maîtrise car ils auront atteint l'âge où la voix mue. Alors, M. Bordes rêve d'ouvrir soit à la campagne, soit dans une ville de province une sorte d'école secondaire où il achèvera de les instruire et de former leur goût. Puis on s'occupera de les placer comme organistes ou maîtres de chapelle, soit dans des communautés, soit dans des paroisses. Les élèves les mieux doués seront seuls ramenés à Paris où ils suivront tes cours de la Schola. Et, quand cela sera fait, soyez assuré M. Bordes ne se reposera pas. Il ne se reposera jamais.

 

Il élargira son œuvre et toujours, avec cette insouciance des réalités pratiques qui force la chance, il réussira. Sans doute, il a contre lui la malveillance de quelques musiciens qui considèrent comme une offense le succès d'une œuvre désintéressée. Mais, à ses côtés, il a les plus nobles et les plus généreux artistes de ce temps-ci. Puis il possède, comme nul autre, le don de captiver et de retenir les bonnes volontés qui passent. Il communique même aux indifférents son imperturbable optimisme. Le charme de sa bonté est irrésistible. Déjà, une générosité anonyme lui a permis de recueillir et d'instruire sa petite "maîtrise d'enfants chanteurs". Il attend avec confiance d'autres dons qui, selon lui, ne peuvent manquer de venir et qui viendront. Et ainsi s'augmentera la troupe des gentils bambins qui remplissent leurs voix fraîches les salles un peu étroites de la petite école, joyeux et rieurs comme les apprentis qui, sous le porche de l'église de Nuremberg, saluent Sachs et conspuent Beckmesser.

 

monument, plâtre, 1930-206-1 a 

[On vient d'attirer mon attention sur ce texte du JDD – pardon ! – du Journal des Débats du vendredi 11 novembre 1898. Il m'a paru intéressant de vous le présenter ici. C'est un extrait du feuilleton "En flânant". Il n'est pas signé mais il a été écrit par André Hallays qui rédigeait cette chronique hebdomadaire. Il fera un discours à l'inauguration de la Schola Cantorum rue Saint Jacques, et nous en reparlerons.

Ici, il parle de la Schola rue Stanislas et de son projet de rénovation du chant liturgique. Nous ne parlons guère dans le blog de cet aspect de l'action de Charles Bordes, et il fallait lui donner une place. Le Journal des Débats est conservateur et c'est en quelque sorte une image d'Epinal pédagogique que nous avons. On y trouve des clichés concernant l'harmonie sociale et l'idéalisme de Charles Bordes.

Vous qui venez de lire le billet consacré à la Schola de la rue Stanislas, vous verrez qu'en passant – en flânant – l'article évoque "ce singulier local".  Nous en ressentons l'exiguïté qui contraste avec l'ambition de son "pater".

Ceux qui connaissent Die Meistersinger von Nürnberg reconnaîtront la volonté de renouveau voulue par Sachs que Wagner oppose au pédant critique Beckmesser. Ce renouveau était aussi voulu par Charles Bordes qui par ailleurs avait fait plusieurs fois le voyage de Bayreuth.

Merci à Gallica pour le texte ; j'ai tenté de le réviser au mieux afin qu'il soit lisible.

La photo a été faite dans la réserve du Musée des Beaux Arts de Tours et montre le plâtre des chanteurs du monument de Vouvray, la sculpture de Médéric Bruno, recouverts de la poussière des ans. Elle a été prise en janvier 2010.]

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